Un art irlandais fortement globalisé

Jumelée à l’exposition de l’atelier de Francis Bacon, "Changing States" regroupe vingt plasticiens contemporains irlandais dont la plupart seront des découvertes, mis à part Orla Barry qui a longtemps vécu et travaillé chez nous, où elle fut notamment lauréate du Prix de la Jeune peinture en 2003. Elle présente une installation performative visuelle et sonore calquée sur des pratiques de jeux télévisuels dans lesquels les interventions des personnes dépendent du hasard. Une métaphore de la vie par les mots.

Claude Lorent

Jumelée à l’exposition de l’atelier de Francis Bacon, "Changing States" regroupe vingt plasticiens contemporains irlandais dont la plupart seront des découvertes, mis à part Orla Barry qui a longtemps vécu et travaillé chez nous, où elle fut notamment lauréate du Prix de la Jeune peinture en 2003. Elle présente une installation performative visuelle et sonore calquée sur des pratiques de jeux télévisuels dans lesquels les interventions des personnes dépendent du hasard. Une métaphore de la vie par les mots.

Dans son ensemble, l’expo est le parfait reflet de la situation artistique globalisée d’aujourd’hui. Tous les artistes adoptent des modes d’expression qui se trouvent être dans l’air du temps, et comme ce temps est à l’éclectisme, on est davantage dans la disparité, dans l’addition d’individualités que dans une vision collective commune. Cela dit, on remarquera que nombre d’artistes s’intéressent au monde qui les entoure et le considèrent souvent avec un regard chargé d’inquiétude. Ils ne proposent pas une vision du monde, ils font plutôt voir leur environnement, et il peut être large dans la globalisation - tel qu’il est - avec une attention toute particulière sur la nature, les relations entretenues avec elles et les conséquences de l’intervention de l’homme. Katie Holden, John Gerrard, Dorothy Cross, Willie Doherty, William McKeown et Alice Maher, entre autres, ainsi que Garrett Phelan, et ses enregistrements de chant d’oiseaux mutants en Irlande, sont de ceux-là.

Le spectre des sujets abordés est évidemment beaucoup plus large, conduisant à la plupart des domaines de l’activité humaine, qu’il s’agisse de la culture, de l’économie, du politique, du social et du sociétal, de l’écologie, des conflits. Cette dernière préoccupation, même si elle ne se focalise nullement sur le local comme le fait Alan Phelan, reste sensible dans ce pays où la vie s’est longtemps déroulée dans un climat de tension et même de violence. En témoignent les peintures éprouvantes de Brian Maguire sur les exécutions ou les portraits de détenus, ainsi que les photos de Richard Mosse sur les guerres postcoloniales dont les conséquences sont aussi évoquées par la situation sociale de certaines populations comme le montre cette photo de Paul Seawright d’une femme de belle allure, assise dans un environnement d’extrême pauvreté, résignée, presque abattue, quelque part en Afrique.

On s’attardera, pour sa qualité intrinsèque, sur la plus petite œuvre de l’exposition, une peinture abstraite graphique, au trait souple et léger, à la fois très présente et aérienne, de Fergus Feehily, ainsi que dans cette installation complexe de Gerard Byrne qui met en scène un dialogue sur la sexualité. A travers toutes ces œuvres, il est évident que l’Irlande d’aujourd’hui appartient à la planète terre et s’en préoccupe.

"Changing States". Contemporary Irish Art. Bozar / Palais des Beaux-Arts, 23, rue Ravenstein, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 19 mai. Du mardi au samedi de 10h à 18h, jeudi jusqu’à 21h. Catalogue Contemporary Irish Art & Francis Bacon’s Studio, 164 pp., ill . coul., textes en anglais. Excellent guide du visiteur en français.