Christophe Coppens, du designer à l'artiste

Le Belge Christophe Coppens, ancien designer de mode, revient en artiste, soutenu par un mécène, Han Nefkens, et le musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam.

Christophe Coppens, du designer à l'artiste
©n.d.
A.V.

Au musée

En mai 2012, le designer belge Christophe Coppens nous invitait en toute discrétion dans une belle maison bruxelloise où il venait nous apprendre qu’il arrêtait, de but en blanc, les activités de sa société, qu’il mettait la clef sous la porte.

Après 21 ans d’un travail précis et acharné, dans le design et la mode, le créateur s’avouait à bout de force et surtout très éloigné de sa destinée première. Christophe Coppens lâchait prise, car, malgré tous ses efforts, il ne parvenait plus à exprimer son propre désir de création. Le vide existentiel de la dépression. Submergé par les questions financières et les impératifs de vente - la mode et ses tendances changeantes sont infernales -, habité par la nécessité éthique de maintenir des conditions de travail correctes pour ses employés, confronté, enfin, aux exigences des banques, prêtes, pour récupérer leur oseille, à faire hypothéquer tout ce qu’il fallait pour rentrer dans leurs frais.

Mais, ce jeudi 7 mars, dans la grande salle couverte de boiseries du musée Boijmans van Beunigen, à Rotterdam, Christophe Coppens est là, le sourire timide, et le teint hâlé. Rien à voir avec l’homme dévasté d’il y a neuf mois. Une renaissance - en neuf mois c’est bien cela ! C.C. a eu le courage de s’écouter, de laisser tomber un destin qui ne lui ressemblait plus pour obtenir un peu de ce qu’il avait tant espéré au tout début. Créer sans se faire écraser par les demandes toujours plus élevées du marché.

De la mode à l’art plastique

Il se présente non plus comme designer mais comme artiste. Un terme qu’il a mis du temps à accepter. En 2009, dans ce même musée, Coppens montre quelques-unes de ses pièces, dans le cadre d’une expo intitulée "The Art of Fashion", mais se refuse à affirmer que la mode peut être art. A l’époque, le collectionneur d’art Han Nefkens que l’on peut dire également mécène - même s’il n’aime pas trop ce terme, qu’il trouve un peu "antique", il préfère "accoucheur de talents" - entend son propos. Il va voir le travail de Coppens à Bruxelles et lui offre dans la foulée son soutien financier, pour créer en toute liberté, le temps d’une saison. Ce sera la collection "No Reference", qui brille déjà par son intelligence plastique - plus que par sa capacité à être portée dans la vraie vie.

Han Nefkens est là aussi ce jeudi, et pour cause, c’est lui qui a offert à Christophe Coppens, il y a neuf mois, la possibilité de créer une œuvre, en tant que telle, pour la poser dans un musée. Coppens raconte que, soutenu, il prit le temps de faire ce qu’il avait toujours voulu faire : "Je suis allé chez un céramiste, j’avais toujours voulu faire de la céramique, mais je ne m’étais jamais lancé, car je pensais que si j’entamais une activité artistique, je mettrais en péril mon travail de designer. J’avais cette superstition, superstition qui s’est réalisée, puisque j’ai rapidement cessé mon activité. Et puis, dans un coin de l’atelier du céramiste, seul, j’ai commencé à bâtir une montagne, puis deux " montagne dont il fait un motif d’exploration, montagne dans laquelle il met tout ce qui reste de son existence précédente. Et le paysage lui répond. En voyage à L.A., il est surpris par les montagnes qui encadrent la cité des Anges, et décide de s’y installer.

Cette montagne qui l’obnubile, qu’il malaxe, qu’il élève, est peut-être un paravent derrière lequel on se cache, ou bien un nouveau sommet à grimper, mais C.C. n’aime pas les analyses trop simplistes ou l’art comme simple thérapie. L’homme répond surtout à ses intuitions artistiques. Il sait seulement que la montagne ne venait pas à lui, donc il est allé à la montagne.

"Everything is local, landscape part I", au musée Boijmans Van Beuningen, Rotterdam, jusqu’au 2 juin. Infos : boijmans.nl


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