Mgr Gaillot, l’exilé du désert

C’est sur la liberté et l’engagement que Mgr Jacques Gaillot, évêque in partibus de l’improbable diocèse de Partenia, quelque part dans les sables du Sahara, et le sénateur libéral Richard Miller, philosophe par ailleurs, conféreront ensemble, vendredi soir, au festival Philo Escales de Louvain-la-Neuve, initiative annuelle du Centre d’action laïque (CAL).

Mgr Gaillot, l’exilé du désert
©REPORTERS
Eric de Bellefroid

C’est sur la liberté et l’engagement que Mgr Jacques Gaillot, évêque in partibus de l’improbable diocèse de Partenia, quelque part dans les sables du Sahara, et le sénateur libéral Richard Miller, philosophe par ailleurs, conféreront ensemble, vendredi soir, au festival Philo Escales de Louvain-la-Neuve, initiative annuelle du Centre d’action laïque (CAL).

L’ancien évêque d’Evreux (Saint-Dizier, 11 septembre 1935), "exilé" de l’Eglise catholique en 1995 pour ses engagements contraires au magistère romain, en particulier le mariage des couples homosexuels, celui des prêtres ou l’ordination des femmes, ne s’est en vérité jamais dessaisi de son bâton de pèlerin. Présent sur tous les terrains, il multiplie au contraire les prises de position sur toutes les fragilités et vulnérabilités humaines et sociales.

Plutôt séduit par la personnalité du nouveau pape François, "un homme simple qui change un peu la donne", en ce qu’il essaie de vivre comme le "Poverello" d’Assise, celui qui a tout quitté à la suite du Christ, Jacques Gaillot assure : "Il va un peu dépoussiérer la pompe romaine." Il est grand temps à ses yeux, tant s’est élargi le fossé entre l’Eglise et le peuple chrétien.

Peu avant sa mort, Mgr Martini avait osé déclarer que l’Eglise avait 200 ans de retard. "François doit être conscient du testament de ce jésuite. Il faut que ce contentieux soit pris en compte par les évêques, mais aussi par des femmes et des laïcs au sein d’un mini-concile. Afin, par exemple, d’accorder la communion aux divorcés remariés et de revoir la morale familiale et sexuelle de l’Eglise. Il convient également que celle-ci reconnaisse ses erreurs. Jean XXIII avait réussi cela avec le concile Vatican II."

François ne se serait-il pas engagé sous la junte militaire en Argentine ? "Il faut que la lumière se fasse. Peut-être dira-t-il des choses éclairantes qu’on a besoin de savoir." Tandis qu’importe également un changement radical de la curie romaine quant aux finances, aux mœurs, au pouvoir confisqué. "On a besoin aujourd’hui de respecter la confiance des gens, on ne peut plus imposer des vérités. Si le Pape est un homme libre, alors il s’engagera dans ce sens."

En fait de liberté et d’engagement, saluant au passage la mémoire de Stéphane Hessel dont il était très complice, Mgr Gaillot se félicite de recevoir tous les jours des témoignages d’hommes libres. "Quand on n’a plus peur, on n’hésite plus à se mettre en danger. Si l’on reste dans le système, on est aussitôt récupéré. Moi, je m’efforce à la liberté de l’homme de Nazareth, qui a mis le feu partout. Il est allé au terme d’une marche courageuse, jusqu’à encourir une mort infâme."

Le diocèse des exclus

Humblement, sur le ton de la mesure, empreint de douceur et de tendresse, totalement dénué de rancœur, Jacques Gaillot évoque son diocèse de Partenia comme celui de tous les exclus. "Partenia a disparu depuis le V e siècle. C’était une nomination un peu bidon, mais en même temps une formidable aventure. De m’être ainsi retrouvé au contact des gens délaissés m’a ouvert le cœur et rendu plus humain. J’en conçois du reste une foi plus grande encore."

Face au défaitisme de ce temps, l’ancien évêque d’Evreux poursuit inlassablement le combat. "C’est un peu comme un long hiver, quand le soleil se fait attendre. On a besoin de plus de solidarité, d’être rassemblés. Il faut rétablir le citoyen dans son droit et sa dignité." Il songe aux sans-papiers, aux sans-abri, aux jeunes sans travail, à la Syrie, à l’islam. "Nous avons avec l’islam des fêtes en commun. Ne craignons pas de renouer avec cette fraternité. Il ne faut pas avoir peur de l’islam. Quant au Mali, j’étais très réservé sur l’engagement militaire. Depuis l’Indochine, nous avons perdu toutes les guerres. On peut aider les peuples autrement."

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