Art Brussels: le mainstream de bon aloi

La foire Art Brussels, qui chaque année constitue un événement médiatique et grand public incontournable, s’est offert pour son trente et unième anniversaire un lifting forcément esthétique.

Art Brussels: le mainstream de bon aloi
©Alexis Haulot
Claude Lorent

La foire Art Brussels, qui chaque année constitue un événement médiatique et grand public incontournable, s’est offert pour son trente et unième anniversaire un lifting forcément esthétique. Ce coup de jeune voulu par la nouvelle directrice artistique Katerina Gregos ne porte fondamentalement ni sur l’orientation, ni sur le contenu, mais sur le développement des espaces et sur les aspects visuels, voire conviviaux. La signalétique est plus adaptée, l’ambiance colorée plus avenante, de petits kiosques verts animent les allées, voilà qui satisfait le sens pratique et le confort. Globalement, l’orientation générale de la foire reste la même avec ses deux halls bien spécifiques et ses trois sections principales quasi identiques. Et toujours une nette domination des galeries étrangères pour assurer une prédominance internationale tout aussi présente à travers les artistes dans la plupart des galeries de Belgique. Du côté des bonnes nouveautés, on pointera la mise à disposition d’espaces à des associations bruxelloises de type ASBL comme Komplot et la Maison Gregoire, ou encore des espaces plus officiels comme celui de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui a sélectionné deux artistes à visiter, Pierre Toby et Dany Danino. On pointera encore l’espace réservé aux œuvres vidéo tout en s’interrogeant sur la nécessité d’encore augmenter l’offre déjà énorme en stands de galeries. Pour faire tant que d’ouvrir, pourquoi ne pas inviter des associations qui n’ont pas pignon sur rue à Bruxelles où elles peuvent être visitées ? Et globalement, qui peut donc digérer tout cela visuellement et intellectuellement en seulement quelques heures ? Plusieurs visites sont impérativement nécessaires !

Le grand écart

Quant au contenu des stands, il est exactement ce que l’on s’attend à ce qu’il soit aujourd’hui, abondant bien que parfois un peu moins que d’habitude, donc plus aéré : un bon changement; varié avec alternance de valeurs actuelles promues et nouveautés du moment. Dans cet exercice du grand écart, la foire une fois de plus mise sur deux volets : un contemporain classique, l’autre portant surtout sur le bien venu de l’air du temps d’une création de plus en plus récente qui cherche fréquemment ses marques en revisitant les grandes lignes de force de la post-modernité, qui redonne vigueur à la peinture avec des bonheurs divers, donne la place méritée à la photographie en ses voies diverses, et qui éclate à l’envi les moyens de production en flirtant fréquemment avec l’objet, la déco, le faux design, le gadget, la trouvaille, le clin d’œil, le système, voire le concept marqué, mais sans trop de dérapage non contrôlé. Comme quoi il faut quand même ouvrir l’œil et le bon !

Les terminaux

Le terminal 1 est réservé aux galeries les plus établies et bien reconnues internationalement, belges et étrangères. La qualité générale y est de fort bon aloi et l’on peut même affirmer que l’ambiance générale est plutôt à la sagesse, à la sécurité, à l’assurance. Le terminal 2 accueille les galeries plus jeunes, les first call et une série de solos shows. On constate aussi un vrai retour au métier plus appliqué ainsi qu’à des techniques un peu oubliées voire même artisanales : voir le travail de Berend Strik (Stephane Simoens) ou de Valentin Souquet chez Anyspace où on ne manquera pas Sébastien Capouet ! On voit réapparaître au premier plan des artistes comme Forg (Patrick de Brock et Lelong), Sicilia dans une nouvelle orientation chez Meessen de Clercq, Lupertz chez Tarasiev, Vanessa Beecroft dont un noir chez Lia Ruma, Spalletti avec un superbe ensemble (Cardi et Ruma), un Penone de toute beauté piquante chez Goodman qui voit aussi les choses ‘Cool’, un impressionnant ensemble McCollum chez JGM

Ne ratez pas, en versant histoire de l’art contemporain, l’ensemble Support/Surface chez Ceysson ou celui chez Samuel Vanhoegaerden avec des San Francis, des Fred Eerdekens, des Walter Leblanc, des Bram Bogart; ou la sélection d’André Simoens avec Carl Andre, Walter Leblanc, Haim Steinbach On repérera absolument l’excellente participation du peintre Bernard Gilbert, aussi de Bénédicte Henderick et Tinka Pittoors au Triangle bleu, les noirs de Kees Visser chez Jérôme Poggi, les Adrien Lucca chez Elaine Levy Project, on ne manquera sous aucun pretexte les ciels de Pieter Vermeersch chez Perrotin, ni David Claerbout chez Micheline Szwajcer, ni les Marie José Burki, Robert Devriendt et Lionel Estève chez Albert Baronian, on accordera d’office un prix d’originalité à l’ensemble noir et blanc de la galerie Rodolphe Janssen qui réunit entre autres Thomas Lerooy, Chris Martin, Yan Pei-Ming, Jean-Luc Moerman, Wim Delvoye On revoit avec plaisir des Lizène et autres Suchan Kinsohita ou Emilio Lopez Menchero chez Nadja Vilenne, on découvrira le belge Alexandre Marly chez Blancpain, Kristof Kintera et l’homme qui se cogna la tête au mur chez D + T Project

La récompense

Impossible en un seul tour du site de faire autre chose que de picorer ci ou là quelques participations remarquées, on peut juste penser que la tendance dominante est une forme de tempérance même dans les galeries les plus pointues. Un jury a fait le tour des solos shows et a décerné son prix à David Brognon et Stéphanie Rollin qui exposent chez Albert Baronian. Ce duo d’artistes travaille avec des marginaux, des sans abri, des repris de justice, soit une frange de la population en lisière de la société et les œuvres proposées, d’apparence minimales, correspondent toutes à des situations précises : une ligne de la main en néon, des vinyles réalisés à l’aide de cuillères de drogués, une horloge qui arrête le temps comme en prison mais le rattrape aussi vite Une œuvre dont la sobriété exemplaire contraste avec le contenu. Un excellent choix !

Art Brussels. Brussels Expo - Palais 1 et 3, place de Belgique 1, 1020 Bruxelles (Heysel). Du 18 au 21 avril. De 12h à 19h. Nocturne le 18 avril jusqu’à 22h. Dans le cadre de la Gallery Night, les galeries bruxelloises ouvrent leurs portes de 18h à 22h.

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