Même le Vatican a son pavillon !

Une Biennale de Venise se décline en trois étapes.

G.Dt

Une Biennale de Venise se décline en trois étapes.

1- Les pavillons nationaux dans les Giardini et la ville. Nouveau record cette année avec 88 pavillons (en 1998, il n’y en avait encore que 61), un signe que le nationalisme a encore de beaux jours devant lui. Dix pays sont représentés pour la première fois dont l’Angola, la Côte d’Ivoire, le Kosovo, Tuvalu, les Maldives et même le Vatican. Les douze premiers chapitres de la Genèse ont été proposés à l’inspiration libre d’artistes contemporains sur le triptyque "Création, dé-création, re-création"."Ce n’est pas un art avec une signification liturgique", explique le cardinal qui gère cette opération de rapprochement vers le monde de l’art. Parmi les artistes invités, le célèbre photographe tchèque Josef Koudelka, qui avait photographié les chars russes à Prague en 1969. Un autre événement sera l’échange des pavillons entre la France et l’Allemagne. L’excellent vidéaste d’origine albanaise, Anri Sala, représentant de la France, présentera son travail autour du concerto de la main gauche de Ravel dans le pavillon allemand, tandis que Berlin présentera dans le pavillon français un hommage à l’artiste dissident chinois Ai Weiwei ainsi que les films expérimentaux de Romuald Karmakar. Cet échange et les artistes choisis sont de beaux exemples de l’universalité de l’art et de l’abolition des frontières. L’Espagne a choisi Lara Almarcegui, qui entasse, dans le pavillon espagnol, des tas de briques, bois, verre, béton, ciment et céramique dont les volumes correspondent exactement aux matériaux qui furent nécessaires au bâtiment lui-même. Alfredo Jaar, le merveilleux artiste dont on a vu récemment une rétrospective à l’espace ING, représente le Chili avec une large installation sur "la scène du monde". Pour les Etats-Unis, Sarah Sze montre ses constructions proliférantes d’objets trouvés, des réseaux piranésiens. Pour la Grande-Bretagne, on retrouve Jeremy Deller à qui le Wiels consacra dernièrement une belle exposition et auteur du célèbre film reconstituant la bataille de Margaret Thatcher contre les mineurs grévistes à Orgreave. Pour les Pays-Bas, Mark Manders, travaillant en Belgique, explore à nouveau son autoportrait dans des sculptures étranges à forte consonance psychanalytique. Dans le pavillon irlandais, Richard Moose montrera ses fascinantes photographies "colorisées" sur les drames de l’Est du Congo.

2- L’exposition du commissaire, Massimiliano Gioni, "il palazzo enciclopedico". Encore jeune, 39 ans, il s’était fait connaître en travaillant avec Maurizio Cattelan en 2002 et ils avaient placé sur la porte de la galerie, le jour du vernissage, "Fuck off, we are closed". Depuis, il a multiplié les postes et est directeur de la Fondation Trussardi à Milan. Il propose une expo sur les deux sites, avec des centaines d’œuvres de 150 artistes de 37 pays. On y trouve nombre d’artistes autodidactes, oubliés, en marge, même d’il y a plus de cent ans. Une expo comme une suite de cabinets de curiosités, qui indique la volonté de se démarquer de la marchandisation de l’art, comme le fit la dernière Documenta de Kassel. C’est, dit-il, une expo "sur le désir de tout connaître, de tout comprendre et de tout expliquer et sur l’impossiblité en même temps de tout connaître, une expo sur la manière avec laquelle nous appréhendons la connaissance par le biais d’images et comment nous rendons visible l’invisible." On y trouve autant le célèbre "carnet rouge" du psychanaliste Jung et les dessins des conférences de Rudolf Steiner que de nombreux artistes en marge, comme le Brésilien Arthur Bispo do Rosaro, les peintures d’Hilma af Klint (1862-1944), les écrits de Roger Caillois, les œuvres de Carl André, James Lee Byars, Bellmer, etc. Au centre de l’expo, il a demandé à Cindy Sherman d’organiser une grande exposition sur les images de nous-mêmes et de nos corps à travers poupées, dessins, mannequins, peintures, etc.

3-Les autres. François Pinault présente Rudolf Stingel au Palazzo Grassi (à ne pas manquer) et ouvre, à la Punta della Dogana, l’expo "Prima Materia". A la belle Fondation Prada, au Ca’ Corner della Regina, Germano Celant montre l’exact double de l’expo mythique d’Harald Szeemann à Berne (1969), "Quand les attitudes deviennent forme".

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