Les sublimes marines de Thierry De Cordier

A chaque Biennale, le Commissaire organise une grande exposition d’ensemble. Cette année, Massimiliano Gioni propose sur les sites de l’Arsenale et du pavillon italien des Giardini, "il palazzo enciclopedico". Une exposition, dit-il, sur le désir de tout connaître, de tout comprendre et de tout expliquer. Mais aussi sur l’impossibilité de tout connaître. Une exposition sur comment nous rendons visible l’invisible.

G.Dt

l’exposition

A chaque Biennale, le Commissaire organise une grande exposition d’ensemble. Cette année, Massimiliano Gioni propose sur les sites de l’Arsenale et du pavillon italien des Giardini, "il palazzo enciclopedico". Une exposition, dit-il, sur le désir de tout connaître, de tout comprendre et de tout expliquer. Mais aussi sur l’impossibilité de tout connaître. Une exposition sur comment nous rendons visible l’invisible.

Le résultat est passionnant mais laisse un peu perplexe. C’est une des expositions les plus fortes et plus structurées de ces dernières Biennales, mais son propos reste ambigu.

Il montre des centaines d’œuvres de plus de 150 artistes dont la majorité est peu connue (c’est une qualité). Ce désir encyclopédique a souvent été l’apanage des artistes en marge, de l’art brut, avec des hommes et femmes pris dans des délires de tout dessiner ou de tout collecter. Et on retrouve à Venise un grand nombre de ces artistes en marge, souvent historiques, Comme les grandes peintures obsessionnelles d’Augustin Lesage (1871-1956), les tableaux de la Suédoise Hilma af Klimt (1862-1944) ou les peintures de Maria Lassing qui, dans l’hôpital psychiatrique, n’a eu de cesse de peindre comment elle se sentait dans son corps.

On sent bien la volonté du commissaire d’intégrer complètement ces artistes dans la Biennale, une manière aussi d’échapper à la marchandisation de l’art, au commerce, en redécouvrant, mais 60 ans après Dubuffet, les vertus de l’art brut. Mais à Venise, même ces artistes entrent dans le grand show de l’art, surtout ceux-là, déjà largement montrés.

Un peu gênante est l’importance, dans les œuvres choisies du début du XXe siècle, de références ésotériques, tantriques, religieuses. L’expo s’ouvre d’ailleurs sur les visions du psychanalyste Jung dans son célèbre "carnet rouge". Il y a là, des airs de sectes revenues.

Heureusement, cette expo permet aussi de découvrir des artistes merveilleux. On pense à la jeune Tchèque Eva Kotatkova qui travaille aussi dans l’accumulation et la création d’objets et d’images singuliers, disséquant des lieux d’oppression de l’homme. A la dernière Biennale de Lyon, elle avait montré comment une classe d’école peut être un instrument de torture. Ici, elle parle de l’asile et du corps qui s’y disloque.

Le duo Peter Fischli et David Weiss a réalisé des centaines de mini-sculptures de terre sur tous les aspects de notre monde, réel comme imaginaire. Elles remplissent toute une salle et c’est formidable. Comme les photographies africaines de la Hollandaise Viviane Sassen. Mais deux Belges sont en vedette. D’abord Thierry De Cordier dont sept grandes marines remplissent une salle avec deux sculptures de Richard Serra. Marines magnifiques, sombres, d’une mer menaçante, annonçant la tempête, ou l’apocalypse à nouveau, ou se transformant en montagne.

D’autre part, la section de l’expo dirigée par Cindy Sherman elle-même, montre une vingtaine de photographies du Wallon Norbert Ghisoland. Datant d’il y a cent ans, elles restent d’une force et d’une étrangeté remarquables.