Le Lion d’or à Venise attribué à l’Angola

On espérait que la Belgique recevrait pour la 1ere fois, le Lion d’or du meilleur pavillon pour l’œuvre de Berlinde De Bruyckere. Mais le jury qui a visité les 88 pavillons nationaux, a créé la surprise en choisissant l’Angola, présente pour la 1ere fois.

Le Lion d’or à Venise attribué à l’Angola
©DR
Guy Duplat, Envoyé spécial à Venise

On espérait que la Belgique recevrait pour la 1ere fois, le Lion d’or du meilleur pavillon pour l’œuvre de Berlinde De Bruyckere (nos précédentes éditions). Mais le jury qui a visité les 88 pavillons nationaux, a créé la surprise en choisissant l’Angola, présente pour la 1ere fois. Dès l’annonce du Lion d’or, il y avait foule devant les portes du pavillon situé loin des Giardini, près de l’Accademia, dans le Palazzo Cini in San Vio.

« Luanda, Encyclopedic city » fait référence au thème de la Biennale : « il palazzo enciclopedico ». C’est une tentative de réunir l’irréconciliable. Le Palazzo est laissé comme tel avec ses beaux meubles et surtout ses tableaux magnifiques de Pierro della Francesca ou Cosme Tura, une vraie découverte. Et dans cet écrin, on a simplement déposé vingt grand tas de belles photographies que chacun peut garder. Edson Chagas les a prises à Luanda : des objets trouvés, photographiés comme des sculptures dans un contexte urbain contre des murs décatis, en totale opposition avec les ors du Palazzo. Une seconde d’artistes angolais actuels, et sans grand intérêt, est symboliquement remisée dans le grenier !

On se réjouit du Lion d’argent de la meilleure œuvre de l’expo internationale de la Biennale attribué à la jeune française Camille Henrot qui fait à nouveau, un formidable travail. Son film « Grosse fatigue » réalisé à partir du Smithsonian Institute de Washington (Sciences naturelles) est vertigineux, recréant toute l’histoire de l’univers jusqu’à l’homme d’aujourd’hui en passant par les beautés des formes animales, sous forme d’écrans multiples comme on les voit sur nos ordinateurs. Le fil est tout autant temporel, que formel ou analogique, et toujours d’une belle sensualité.

Née en 1978 à Paris où elle vit et travaille, Camille Henrot, a un regard anthropologique aigu qui fait sa spécificité. Elle analyse les objets, les échanges culturels, les traces des mondes "étrangers" pour en faire des œuvres singulières à l’esthétique forte. A l’Espace Vuitton, elle montra ainsi deux ailes d’avion en bois et plastique qu’elle a sculpté en totems du Pacifique. Ou un tableau d’aéroport où les destinations sont tantôt des villes qui ont disparu, tantôt des villes nées ces dernières années (dont Louvain-la-Neuve). Dans une salle, elle exposait des sculptures qu’on dirait africaines (Bambara) mais faites à partir d’éléments de voitures (durites, essuie-glaces, etc.), assemblés et noircis. Elle montrait aussi un film pris à Saqqara en Egypte où les rôles des hommes et des chiens apparaissent inversés.

Le Lion d’or de la meilleure oeuvre a été attribué à l’artiste germano-anglais Tino Sehgal (né en 1976 à Londres). Il met en scène en permanence, au milieu du public du pavillon central au Giardini, deux acteurs (qui changent régulièrement) d’âges très différents. Un chant et une danse lente, comme un rite de transmission au centre de l’expo. Tino Sehgal tient à ce que son œuvre reste immatérielle. Il refuse tout texte, photo ou objet de ses performances. Il veut mettre les visiteurs dans des situations où ils expérimentent quelque chose. On a vu déjà ses "actions" à Avignon, à la Biennale de Venise déjà, à la Tate, à la Documenta de Kassel.