Les expos à voir cet été

À l'occasion de la sortie de notre guide des festivals, inventaire des expositions à voir cet été. Huit directeurs de musée vous donnent leurs conseils.

Guy Duplat
Les expos à voir cet été
©AFP

L'été, ce sont les festivals. Et on lira notre supplément avec tout le programme en musique et scènes. Mais ce sont aussi des expositions. Nous avons demandé à plusieurs directeurs de nos musées belges ce qu’ils comptaient voir cet été, en Belgique et en Europe, leurs choix subjectifs, leurs coups de cœur.

Dirk Snauwaert, directeur du Wiels, à Bruxelles.

“Il y a bien sûr la Biennale de Venise, une étape quasi obligatoire, même si je l’ai trouvée décevante, peu intéressante dans son exposition centrale du commissaire Massimiliano Gioni. Il tente de ramener l’art brut et y ajoute des rappels de religiosité, pour utiliser cet art contre un art contemporain jugé trop cérébral et pour retrouver ainsi une certaine spontanéité. Mais c’est un amalgame pauvre et conservateur. Il y a d’autres choses intéressantes à Venise: le trio des pavillons espagnol, belge et hollandais, l’exposition Jeremy Deller pour la Grande-Bretagne, les pavillons lituanien et suisse.” Dirk Snauwaert a aussi été fort intéressé par la reprise à l’identique de l’exposition culte d’Harald Szeemann, de 1969, “Quand les attitudes deviennent forme” (“When Attitudes Become Form”), recréée –  y compris dans ses volumes d’origine – dans les salles de la Fondatione Prada (lire “La Libre” du 4 juin). Il aimerait aussi retourner à Venise pour visiter l’exposition Manet au Palais des Doges “qu’on dit excellente”.

J’irai certainement voir l’exposition Mike Kelley au Centre Pompidou à Paris et j’aimerais aller en Angleterre, dans le palais palladien d’Hougton hall, dans le Norfolk, où a été reconstituée, pour la première fois, la fabuleuse collection de peintures (Vélazquez, Rembrandt, Rubens, Murillo, Poussin, Van Dijck) que l’ancien Premier ministre anglais Robert Walpole vendit à Catherine la Grande. Sans doute une des plus belles collections du XVIIe siècle.” Les œuvres ont été prêtées spécialement par l’Hermitage, à Saint- Petersbourg.

En Belgique, Dirk Snauwaert ira voir l’exposition, au parc du Middelheim à Anvers, “Les Jardins du paradis”, où sept artistes internationaux (David Altmejd, Janet Cardiff, Carsten Höller, Hans Op De Beeck, Pascale Marthine Tayou, etc.) ont créé leur “petit paradis”. Le musée du Middelheim est aussi devenu un important enjeu. Il est sans directeur depuis un an et c’est Bart De Wever, le bourgmestre d’Anvers, qui doit nommer le nouveau. Ce sera son premier acte culturel important. Tout le monde attend ce qu’il fera.”

Carine Fol, directrice de la Centrale à Bruxelles, ancienne directrice du musée Arts et Marges à Bruxelles.

“J’irai certainement au Fresnoy, en France, près de la frontière, visiter l’exposition “Beat Generation /Allen Ginsberg”. Une exposition qui se fait en partenariat avec le Centre Pompidou de Metz, ce qui indique la volonté et la nécessité aujourd’hui de collaborer entre musées pour des expositions.” Plus qu’une exposition au sens classique du terme, “Beat Generation/Allen Ginsberg” est une expérience sensorielle, une plongée au cœur d’une jungle d’images, une promenade virtuelle à travers l’aventure de la Beat Generation, ce vaste mouvement international, littéraire et artistique, qui débuta dans les années 1950 aux Etats-Unis avant de se répandre à travers le monde.

Carine Fol ira évidemment aussi à la Biennale de Venise, et ira voir surtout l’exposition centrale avec ses artistes outsiders, ceux dont elle s’est occupée si longtemps à Art et Marges. “Ils suscitent un engouement sans cesse plus grand.”

Laurent Busine, directeur du Mac’s au Grand Hornu

“J’étais ce lundi à Versailles pour l’ouverture de l’exposition de Giuseppe Penone dans le parc. Ce fut un moment rarissime, d’une beauté fantastique. C’est magistral et c’est hors du commun. Je préfère ne dire que cela pour l’été pour marquer l’importance de cette exposition. Pour la première fois, un artiste joue parfaitement avec ces jardins de Le Nôtre. Les sculptures de Penone paraissent plus naturelles dans ce décor que les jardins si construits de Le Nôtre. Les jardins semblent domestiqués et les sculptures sont par contre sauvages. J’y allais pourtant avec des grandes réserves malgré mon admiration pour l’artiste. Mais c’est la plus belle exposition que Penone a réalisée, et les relations qu’il noue entre la nature et ses œuvres, y compris ses marbres, est magique.”

Catherine de Braekeleer, directrice du Centre de la gravure et de l’image imprimée à La Louvière.

“Moi aussi, j’ai été complètement emballée par l’exposition de Penone à Versailles. C’est une merveille. On peut la lire de multiples manières, y compris symbolique. A côté de cela, je voudrais trouver le temps de visiter l’exposition Morandi au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles. Cet artiste m’intéresse beaucoup et on le voit rarement comme cela en Belgique.”

Pierre-Olivier Rollin, directeur du BPS 22 à Charleroi.

“Cet été, je descendrai avec ma famille en Alsace et nous ferons nos haltes habituelles. Au musées de Luxembourg : le Casino et le Mudam, où on montre le travail d’une jeune artiste que j’apprécie, Thea Djordjadze. Nous passerons par le Centre Pompidou de Metz, qui continue son travail sur Sol LeWitt. Après ses Wall Paintings, il présente cette fois “Sol LeWitt, grand collectionneur”. Nous irons voir les deux Frac, de Metz et d’Alsace (à Selestat). On fête cette année le 30e anniversaire des Fracs, les Fonds régionaux pour l’art contemporain, qui ont joué un rôle essentiel dans la promotion et la décentralisation de cet art en France. Je ne manquerai pas non plus de revoir, à Colmar, le merveilleux retable d’Issenheim de Grünewald.

Bien sûr, pour l’été, il y a l’incontournable Biennale de Venise. “Elle est très singulière cette année et vaut la peine. Il faut surtout visiter, à Venise, l’exposition ‘When Attitudes Become Form’. Une exposition très bizarre quand elle fut créée, et à nouveau bizarre quand elle est recrée comme cela à l’identique, dans un Palais transformé. Quelque chose se joue là, manifestement. Pour la première fois, on refait à l’identique une exposition de ce type, on fige en œuvre d’art une exposition qui est par essence un art vivant, éphémère, une sorte de pièce de théâtre.

Bart De Baere, directeur du M HKA à Anvers

“J’étais à Venise et je visitais le pavillon de l’Angola qui a obtenu le Lion d’or ; vous étiez là aussi d’ailleurs. L’exposition se tient dans le Palazzo Cini et mêle l’art ancien et des photos contemporaines. J’ai découvert alors, sur un mur, une superbe Madone avec enfant de Piero della Francesca qui m’a donné envie de revoir sa Madonna del Parto (la Vierge enceinte), son incroyable chef-d’oeuvre à Monterchi près d’Arezzo. Mais vous attendiez sans doute de moi une idée sur l’art contemporain. J’irai à la fin de l’été à Moscou, pour la Biennale qui s’ouvre le 19 septembre et qui sera dirigée par Cathy de Zegher, une des commissaires majeures de chez nous, radicale et précise. Elle donnera beaucoup d’attention aux artistes de l’Asie centrale, l’un des points d’attention aussi de la collection du M HKA.”

Guido Gryseels, directeur de musée de l’Afrique centrale à Tervuren.

Le musée va bientôt fermer et entamer des travaux de plusieurs années de rénovation et d’agrandissement. Son directeur a prévu trois visites cet été. D’abord, le Rijksmuseum et le musée maritime d’Amsterdam qui viennent d’être rénovés, et ce sera passionnant de voir sur place ce qu’ils ont fait au moment où nous commençons notre propre rénovation. Il ira ensuite, avec son équipe, à Edimburg dans le musée national d’Ecosse, un musée modèle complètement rénové et qui intègre les aspects ethnographique, artistique, scientifique et de sciences naturelles dans un bâtiment historique. En un an et demi, depuis sa réouverture, il a attiré près de deux millions de visiteurs. Un score énorme pour une ville de 500 000 habitants seulement. Enfin, Guido Gryseels, “suite aux articles de ‘La Libre’”, ira à Marseille voir le nouveau Mucem, le musée des civilisations de la Méditerranée et tout l’aménagement fait autour.

Michel Draguet, directreur du musée des Beaux-Arts.

“Pour un directeur de musée, l’été est par définition un moment de découverte. La possibilité de musarder à la découverte de lieux moins courus. La France comme la Belgique regorgent de ces lieux dont Ohran Pamuk a souligné la poésie dans son ‘Musée de l’Innocence’. Cet été, ce sera pour moi notamment le Musée de la Photographie à Chalon-sur-Saône ou le Musée de la Chemise à Argenton-sur-Creuse pour l’originalité de la démarche. Pour le plaisir du lieu et avec un certain scepticisme sur le contenu, l’exposition de “BHL” à la Fondation Maeght. Comme toujours, ce sera l’occasion de revisiter les musées de la Côte d’Azur. Ce sera aussi en fin de saison, quand la pression éventuelle sera retombée, la Biennale de Venise, à propos de laquelle, comme toujours, les avis sont partagés.”


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