La passion d'Andy Warhol

Une exposition rassemblant plus d’une centaine d’œuvres d’Andy Warhol ouvre ses portes ce samedi à Mons. On y découvre des toiles méconnues en compagnie de son commissaire. Un événement pour le BAM.

Camille de Marcilly
La passion d'Andy Warhol
©SABAM

Après un an et demi de travaux de rénovation, le musée des Beaux-Arts de Mons (BAM) propose une exposition inaugurale d’envergure. Nul autre que l’artiste star Andy Warhol n’aurait pu donner autant d’éclat à cet événement de bel augure dans la perspective de Mons 2015, capitale européenne de la culture.

Sur deux niveaux, plus d’une centaine d’œuvres en grand format tranchent dans la blancheur muséale tant elles éclatent de couleurs. Ceux qui rêvent de voir "en vrai" les portraits de Jackie Kennedy ou Marilyn Monroe seront servis devant les toiles colorisées. C’est pourtant un aspect tout à fait méconnu de l’œuvre de Warhol qu’explore cette exposition intitulée "Life, Death and Beauty" : la spiritualité. Peu d’artistes sont aussi ancrés dans la mémoire populaire avec l’impression réconfortante de bien connaître cet œuvre pop qui véhicule des clichés de la consommation américaine et des portraits de ses icônes. Personne ne remet en question aujourd’hui la période "business" d’Andy Warhol qui a réalisé des sérigraphies par centaines, obsédé par le succès et l’argent. Pourtant, même lors de ces années de tourbillon à la Factory à New York, des thèmes beaucoup plus mystérieux et obscurs apparaissent en filigrane, de la première à la dernière toile. Le lien ténu avec la mort et la religion sautent aux yeux dans cette exposition organisée de main de maître par l’un des plus importants spécialistes européens d’artistes pop américains : Gianni Mercurio. Il avait déjà signé l’exposition Keith Haring au BAM en 2009.

Grâce à son travail en étroite collaboration avec le Warhol Museum de Pittsburg, aux Etats-Unis, la ville natale de l’artiste, mais aussi à ses investigations auprès de collectionneurs privés, il a pu réunir tant d’œuvres originales dont certaines ont été très peu présentées au public.

C’est à la lecture d’un pamphlet d’une historienne de l’art "très catholique", sur "the religious art of Andy Warhol", que Gianni Mercurio commence à s’intéresser à cette interprétation des œuvres de l’artiste. "J’étais vraiment surpris, nous confie-t-il dans une des salles de l’exposition où les portraits semblent nous observer. Elle disait que chaque œuvre a une signification catholique mais je n’avais pas pris connaissance de cet aspect. Cela me semblait un peu exagéré, alors j’ai commencé à faire des recherches." Ce que le commissaire découvre à de quoi troubler : "Andy Warhol avait un petit livre de prières qui lui a été donné par sa mère quand il était enfant. A la première page, il y a une petite reproduction de la "Cène" de Leonardo da Vinci annotée. En pensant aux multiples reproductions de ce tableau qu’il a réalisées à la fin de sa vie, des morceaux du puzzle ont commencé à s’assembler".

Tous les jours à la messe

Né en 1928 (décédé à New York en 1987), il développe une relation très forte avec sa mère avec qui il a une relation sincère, notamment pendant de longs épisodes de maladie lorsqu’il était enfant. La maternité, notamment la figure de la Madone et de l’Enfant, est l’un des thèmes religieux qu’Andy Warhol a dessiné et exploré. "J’ai analysé les tableaux et j’ai vu que, derrière la surface, il y a une autre signification cachée, ajoute Gianni Mercurio. L’esthétique d’Andy Warhol est basée sur des concepts comme la mort et la spiritualité, il l’avait caché même à des amis intimes. J’ai découvert qu’enfant, à Pittsburgh, il allait presque tous les jours à la messe, puis il s’est investi dans le bénévolat".

Le pop art est la dernière grande révolution artistique aux yeux de Gianni Mercurio. Cet art étroitement lié à la vie, le célébrant avec une explosion de formes et de couleurs, Andy Warhol l’incarnait à la perfection. Jusqu’à cette découverte qui nuance son engagement, même si l’aspect "life" et "beauty", comme l’indique le titre de l’exposition, reste au cœur de son œuvre. Dans cette perspective, plus complexe, des événements apparaissent sous un nouveau jour : "A un moment, il a voulu montrer la fin des Etats-Unis mais, dans les années 60, ce n’était pas vraiment permis d’allier l’idée de mort à l’Amérique. Cela devait rester un moment d’optimisme, alors il a exposé à Paris, dans une galerie", explique Gianni Mercurio.

Armes, crânes, chaise électrique, fascination pour le Christ jalonnent l’œuvre d’Andy Warhol. "Life, Death and Beauty" propose un regard plus sombre et mystérieux sur celui qui a inventé l’expression "15 minutes de gloire".


Mons, Musée des Beaux-Arts, jusqu’au 19 janvier 2014. Du mardi au dimanche de 10h à 18h, de 6 à 9 €. Visites guidées, catalogue. Infos : 065.40.53.30. et www.bam.mons.be