Merveilleux Staccioli!

A Seneffe, le sculpteur italien Mauro Staccioli crève l’espace.

Roger Pierre Turine
Merveilleux Staccioli!

Erreur de lèse-majesté, son patronyme est peut-être moins connu chez nous que son admirable "Equilibre en suspension". Installé au rond-point de l’Europe, il ouvre, depuis 1998, la route de Bruxelles à tout qui s’y engage en voiture via Boitsfort !

Cette sculpture, la plus belle de toutes celles qu’on peut voir dans Bruxelles, fit sensation, à son corps défendant, lorsqu’elle fut victime du dérapage d’une automobiliste sans doute aussi grisée par ce qu’elle voyait que par ce qu’elle avait bu. La dame s’y encastra, sans vrai dommage toutefois pour l’œuvre d’art. Or, découvrant cette merveille un peu trop de guingois à leurs yeux, les pompiers virent péril en la demeure et le carré magique se retrouva au sol… Méprise et histoire belge.

Staccioli s’en remit, put recommencer son ouvrage plus grand et plus beau. Puisse dès lors le nombreux public conquis par un signal aussi tonique entreprendre le voyage de Seneffe pour s’y offrir un château tout auréolé de Staccioli !

Un château encadré

Monumentalité, sobriété, ligne, architecture. Ces quatre mots renferment une évidence : Mauro Staccioli, né à Volterra en 1937, est un immense artiste. Il doit, avec Richard Serra et Bernar Venet, représenter le trio engageant des meilleurs sculpteurs actuels. Des hommes épris de rigueur et d’émotion quand ils engagent le pari de défier la nature et l’architecture d’un lieu sans jamais les agresser. En communion avec leurs lignes de force.

Staccioli, en cette occurrence, a joué serré en tenant compte d’une axialité propice à éviter la confrontation frontale avec le jardin arrière et d’une rigueur de perspective pour qui s’amène au château via sa superbe allée centrale. Prenons d’abord l’allée qui mène au château. A bonne distance de ses grilles ouvragées, le sculpteur a placé sa "Porte", conçue tout exprès. Une sorte de grand compas rectiligne, sans bavure, en acier corten. A travers ses fourches écartées, la vue sur le château est imprenable. Et, quand on l’envisage, cette fois dos au château, c’est la flèche de l’église du bourg qui s’en trouve revitalisée. Le génie d’un œil qui voit !

Une fois le portes du château franchies, en son jardin arrière, Staccioli a redéfini l’espace en installant, en plein centre d’une pelouse à perte de vue, un cercle immense de dix mètres de haut. Tout en tubes d’acier, cet "Anneau à spirales" a, lui aussi, été pensé pour Seneffe. Parcourue de circonvolutions intérieures, cette grande roue ouvre des perspectives inédites sur le ciel, les nuages, les arbres, le parc.

Stimulations

"Mes sculptures ne sont pas des objets de décoration… Il s’agit d’instruments de provocation." Staccioli sait de quoi il parle. Tout son travail est à l’aune de cette profession de foi : pour stimuler, impliquer, fomenter une discussion collective. L’artiste en appelle à l’implication de tous dans le travail proposé.

Présent un peu partout dans l’espace international, de Milan à Séoul, de Rome à Porto-Rico, de Pistoia à Bruxelles, Mauro Staccioli a participé à deux reprises à la Biennale de Venise, en 1976 et en 1978. Chez nous, la galerie Artiscope le défend avec énergie.

Outre ses deux pièces monumentales qui crèvent littéralement l’écran de nos consciences, Staccioli l’a aussi, à Seneffe, joué plus minimaliste, sans rien enlever à la noble grandeur de ses formulations géométriques.

Sur les escaliers d’entrée du château, il a installé 11 "Prisoïdes" en fer zingué, armée de gardes stoïques. Dans le parc arrière, un "Cercle imparfait" et une "Ellipse" jouent les chiens de garde pour une aventure conclue au-delà de la pièce d’eau avec "Deux cônes", ultimes gardiens d’une virée au grand air parsemée de rencontres surprenantes. Et, s’il fait beau temps, votre visite sera bénie des dieux jusqu’aux portes de l’hiver !



Château de Seneffe, jusqu’au 11 novembre. www.chateaudeseneffe.be