J.P. Emonds-Alt fut un "guetteur"

Le sculpteur et designer, auteur du « M » du métro est mort à 86 ans.

J.P. Emonds-Alt fut un "guetteur"
©REPORTERS
Evocation Guy Duplat

Le sculpteur et designer, auteur du « M » du métro est mort à 86 ans.

Jean-Paul Emonds-Alt, mort mercredi à 86 ans était avant tout sculpteur. Né à Etterbeek en 1928, il fut très marqué par la guerre quand il apprit que son père et son oncle, résistants, avaient été assassinés dans un camp nazi. Il étudia la sculpture monumentale à La Cambre aux côtés d’Oscar Jespers et, à la veille de l’Expo 58, fit un très long voyage au Congo qui fut un second moment marquant de sa vie. Il découvrait ce pays continent, la beauté de ses habitants et un art aux formes magnifiques. A son retour, il eut la commande d’un groupe monumental de quatre Congolaises pour le pavillon « Congomines » à l’Expo.

Il était aussi designer. Le grand public connaissait une de ses créations : le « M » du métro bruxellois, comme un ruban qui se replie sur lui-même. Mais il fut aussi l’auteur de nombreux objets de la vie courante : bouteilles de Spa, casier de Stella, casque de moto, viewmaster, chaises, etc. Il était designer, avant qu’on ne popularise le terme quand le design était encore le « design industriel » et il veillait avant tout à l’adéquation entre une idée, une beauté juste, un dessin, les nécessités de sa fabrication et la fonctionnalité de l’objet. Homme aux idées bien arrêtées et au charisme évident, il n’aimait pas le design quand celui-ci devenait snobisme. Il fut longtemps enseignant en design industriel à la Cambre à Bruxelles.

A Louvain-la-Neuve

Depuis les années 80, il était revenu à la sculpture. On y retrouvait souvent ses obsessions sur la seconde guerre mondiale, comme ses personnages couchés sous des couvertures de réfugiés. Ils sont gisants ou abandonnés, seuls sur un lit. Des images qui renvoient à la déportation ou qui rappellent ces Londoniens se réfugiant dans les métros de Londres qu'Henry Moore a dessinés et qu’Emonds-Alt admirait.

Lui, pourtant si amoureux de la vie, pouvait sculpter aussi un petit personnage hurlant dans la carlingue d'un avion déchiqueté, un de ces aviateurs courageux qui l’ont fasciné. Le "guetteur", cette sculpture étrange d'un homme absent, recouvert d'une cape sur son cheval absent, est celle sans doute du monde tel qu'il l'observait.

Louvain-la-Neuve possédait déjà de lui une grande «femme couchée» en pierre. On y ajouta il y a huit ans, devant l’église, un grand bronze représentant le père franciscain Maximilien Kolbe qui accepta de mourir à Auschwitz en échange d'un autre prisonnier. Mais le sculpteur avait tenu à étendre la signification du monument en montrant le moine, tête penchée, sans visage, à travers un portique, passage entre deux mondes et sur les montants de la porte, il avait gravé les noms d'Auschwitz et d'autres camps d'extermination.

Il réalisa aussi, en 1990, avec Marthe Wéry, les nouveaux vitraux de la collégiale de Nivelles. Il était aussi un grand dessinateur, capable en quelques traits de tout représenter.

Il travailla jusqu’au bout, participant pendant des années à des projets d’aménagements de villes ou de sites, il dessinait sans cesse et préparait encore une nouvelle exposition de dessins sur la guerre. Des dessins sur toutes les guerres. Il restait le « guetteur » de ce monde.

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