Des "paresseux" ont fait souche à Mons

Mons 2015 a son parcours d’installations urbaines jouissives.

Guy Duplat
Des "paresseux" ont fait souche à Mons

Mons 2015 a entamé ce 1er avril ce qu’il appelle sa seconde saison, "Le grand déballage", avec l’ouverture de cinq nouveaux musées (tout dans "La Libre" de vendredi), un week-end festif ces 4 et 5 avril et un parcours d’art en ville, jouissif, gratuit et sympa qui permet de découvrir autrement la ville et l’art d’aujourd’hui.

Les quinze installations urbaines ont été choisies par Philippe Kauffmann qui fut déjà le grand orchestrateur d’une fête d’ouverture très réussie. Il n’a pas voulu en faire "un musée en plein air, mais un parcours ludique, étonnant, coloré, dans une ville très minérale". Il a longtemps étudié ce qui se faisait ailleurs et a bénéficié de l’aide de la galerie Alice qui participait déjà à "Asphalt", la Biennale d’art urbain de Charleroi.

Une œuvre frappe d’emblée, celle de l’Espagnole Alicia Martin qui a cousu ensemble 7 000 livres pour en faire un torrent de livres tombant d’une fenêtre de l’université de Mons sur la place Warocqué. Beaucoup d’institutions montoises se sont concertées pour fournir ces livres (de Hugo à aujourd’hui) que les passants peuvent feuilleter au bas de cette "cascade".

Sieste interdite

A l’autre bout de la ville (un plan est offert aux visiteurs), à la place du Parc où se retrouvent les étudiants, il faut lever les yeux pour découvrir dans un arbre une colonie de "paresseux", ces grands singes à longs poils imaginés par Elodie Antoine, qui dorment tête en bas. Ils ont l’air si vivants et si doux. Et leur nom de "paresseux" interpelle.

Sur la même place, l’artiste flamand Maarten Vanden Eynde réinvente les menhirs de Carnac en les refaisant en briques de Mons.

Toutes les œuvres resteront en place au moins jusqu’au 21 septembre et certaines plus longtemps. Les fresques murales seront pérennes si les propriétaires des murs (des privés) le veulent.

Dans le registre de l’humour bienvenu, ne manquez pas, devant le palais provincial, un grand cœur comme celui que Mons arbore sur sa pub, mais ce cœur, imaginé par le collectif gantois "Inject love", est fait de dizaines de panneaux d’interdiction comme il en pleut dans la ville, jusqu’à celui interdisant la sieste ! Cette œuvre devait accueillir les visiteurs à l’entrée de la ville mais la police a craint que ces panneaux ironiques sèment la confusion. Heureusement, le gouverneur a eu plus d’humour.

Un Bonom tout en couleurs

A la rue des Fripiers, Vincent Glowinski, alias Bonom, très présent à Mons 2015 aussi par ses performances, a peint une grande fresque murale d’un genre nouveau pour lui. Délaissant ses figures animales noir et blanc, il a peint au rouleau une forêt psychédélique de couleurs vives.

Près du Beffroi, dans un passage à côté de la maison où vécut Victor Hugo, le collectif liégeois Pica Pica a placé une grande mosaïque émaillée noir et blanc avec, sur chaque carreau, une forme captée par smartphone dans les rues de Mons. Un portrait pixellisé de la ville.

Le collectif Hell’O Monsters qui avait déjà peint un mur à Charleroi montre ici une fresque plus petite mais forte à côté du nouveau musée du Doudou, avec des figures schématiques du folklore montois (il n’y a pas de grand mur aveugle à Mons).

Devenir un ange

Chercher ces œuvres, c’est marcher dans la ville, en découvrir les recoins, lever les yeux, voir autrement. Devant la collégiale Sainte-Waudru, l’artiste Filip Gilissen propose des grandes ailes dorées d’ange et invite à se photographier devant elles, comme si on devenait un ange, avec la collégiale en arrière-fond.

Deux étudiants d’Arts, Calvin Dussart et Charles Myncke ont remarqué de nombreuses fenêtres murées sur les maisons anciennes, car au XIXe siècle on payait un impôt par fenêtre ouverte ! Ils ont alors recouvert ces fenêtres obstruées par des reproductions d’affiches de films hollywoodiens.

Ce parcours d’art urbain accompagnera les visiteurs des cinq nouveaux musées. Il est un prélude à "La ville en jeu(x)", une animation des rues qu’on annonce originale avec des faux parcours historiques et des performances. Un parcours qui veut illustrer à sa manière la "métamorphose" de la ville.