"Guerrilla" ou quand l’État-providence fait place à l’état d’urgence

Tanya Beyeler (1980, Suisse) et Pablo Gisbert (1982, Espagne), formés au théâtre et à la philosophie, s’intéressent aussi à la danse et à la musique.

"Guerrilla" ou quand l’État-providence fait place à l’état d’urgence
Marie Baudet

Tanya Beyeler (1980, Suisse) et Pablo Gisbert (1982, Espagne), formés au théâtre et à la philosophie, s’intéressent aussi à la danse et à la musique. Auteurs, performeurs, vidéastes, les cofondateurs du collectif El Conde de Torrefiel – basé à Barcelone – observent la tension entre le réel, la raison, le langage, et l’abstraction, les symboles, les images. Mais aussi, et particulièrement, l’axe qui va de la sphère privée au contexte politique, les univers totalitaires, les formes actuelles d’aliénation – intellectuelle, politique, sociale… –, les méandres obscurs de nos libertés malmenées.

Histoire récente et futur proche

Performance en trois volets, “Guerrilla” se situe dans un avenir volontairement escamoté aux codes de la science-fiction. On est en mai 2019, non loin de nos repères et références. Des jeunes gens s’installent dans un auditorium de l’ambassade d’Italie, à Bruxelles, où va avoir lieu une conférence de Romeo Castellucci, qui vient de créer son nouveau spectacle au Kunstenfestivaldesarts…

La mise en abyme se double de la description de quelques membres de l’assemblée, à coups de détails de leur histoire personnelle, familiale – de quoi faire le lien avec le passé récent de l’Europe. Des projections, en français et néerlandais, surplombent le plateau où évoluent les performeurs (une poignée dans la deuxième partie et son cours de tai chi, jusqu’à près de 80 dans la troisième et sa rave party) et développent un discours multiple, un feuilleté de sens. Un regard sur le siècle dernier et un coup de sonde dans le nôtre, ses incertitudes, ses avancées erratiques, la guerre qui divise le monde en 2023.

Socio-géo-politique, “Guerrilla” s’affirme comme un docudrame nourri de fiction et de faits. Visuelle, textuelle et sonore, l’esthétique à l’œuvre ici traite sans concession – mais avec un grand sens de la construction dramaturgique, de la temporalité croisée – de violence politique, économique, sensorielle. Du théâtre grand et fort, et résolument hors normes, avec lequel s’interroger : à quoi croire encore ?

Bruxelles, Beursschouwburg, jusqu’au 22 mai, à 20h30 (samedi à 22h, dimanche à 18h). Durée : 1h30. De 13 à 16 €.

Kunstenfestivaldesarts, jusqu’au 28 mai. Infos & rés. : 02.210.87.37, www.kfda.be


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