Dali en faire-valoir à Tournai

Dali en faire-valoir à Tournai
Claude Lorent

L’exposition Dali- Pitxot est surtout centrée sur le second.

Présentée comme une exposition phare dans la programmation du musée des Beaux-Arts de la Ville de Tournai l’expo "Dali - Pitxot" laissera sur leur faim tous ceux qui, après le déplorable décorum liégeois, espéraient une belle et grande exposition Dali.

Le peintre de Cadaqués, adoubé surréaliste, sert de faire-valoir nominal à une exposition centrée sur un artiste local, Antoni Pitxot (1934-2015), ami de Dali et premier conservateur du musée du maître. De Dali (1904-1989), on comptera deux belles peintures, un excellent "Cadavre exquis" de 1934 avec Gala, Eluard, Valentine Hugo et André Breton, quelques petites illustrations, des sculptures anecdotiques et des reproductions d’œuvres absentes.

Les espaces principaux sont réservés aux peintures d’Antoni Pitxot. Sur chevalets, elles accueillent le visiteur dès l’entrée dans un décor prépondérant, construit de toutes pièces et surplombé d’un énorme hippopotame ailé, étranger à l’expo.

Histoire de famille

Cette mise en valeur du peintre espagnol jusqu’ici inconnu de tous est surtout l’occasion d’évoquer la proximité et l’amitié de deux familles, les Dali et les Pitxot; de montrer les peintures de ce dernier et de les entourer d’œuvres diverses d’artistes susceptibles d’avoir nourri l’inspiration des deux peintres.

On remarquera d’emblée que si les familles se fréquentent, Salvador Dali et Antoni Pitxot ne se rencontrent qu’en 1972 et que ce dernier n’a affirmé son processus pictural que vers 1965. En découvrant son atelier, Dali aurait clamé être en présence de l’"opus Dei de la peinture" ! On sait qu’il n’était pas avare d’une certaine grandiloquence démonstrative ! A son tour, Jean-Pierre De Rycke, directeur du musée de Tournai, découvre en 2013 l’œuvre de Pitxot, s’emballe et décide aussitôt de lui consacrer une expo.

Surréalisme arcimboldien

La peinture de Pitxot est à proprement parler sculpturale. Elle se fonde sur les roches locales et sur le principe d’assemblage de façon à constituer une image. D’où le rapprochement proposé avec les compositions D’Arcimboldo.

On y décèlera quelques accents surréalisants, une belle maîtrise technique, des figures allégoriques, des nus féminins, le tout dans une texture minérale qui peut évoquer l’archéologie par les reconstitutions de sculptures de pierre.

En pleine période de modernité avant-gardiste, on est en présence d’un peintre à l’ancienne, maniériste à force d’appliquer un système répétitif aux effets mi-cosmiques, mi-réalistes mâtinés d’un zeste de fantastique.

Dans le genre, on notera "La grande nuit" qui sort du lot. Un peintre qui ne fait pas date dans l’histoire de l’art et qui accomplit une œuvre d’un autre temps à laquelle l’expo entend fournir les alibis artistiques et philosophiques, puisque Platon y est convoqué.

Environnement séculaire

L’ensemble de l’exposition, distribuée en salles thématiques, est narratif, pédagogique et documentaire, avec des photos (Dali enfant…), des reproductions de tableaux dont un Magritte, des copies de dessins et des œuvres originales.

Cet environnement, sélectionné pour tisser des liens envisageables avec les démarches des deux artistes, propose entre autres, deux beaux Chirico, une vanité de Jan van Kessel, des anonymes flamands des XVIe et XVIIe siècles, une gravure de Dürer et un Henri Fantin-Latour, un Seurat, un Caspar David Friedrich.

On peut également découvrir un grand nu étendu sur la plage, "Périmèle ou La nymphe de Capri" de Léonce Legendre, et même un Meissonier napoléonien qui aurait inspiré Dali…

Finalement, une exposition hybride et fort inégale.

"Dali - Pitxot. La vida es suenõ - Une amitié au cœur du surréalisme", Musée des Beaux-Arts, enclos Saint-Martin, 3, 7500 Tournai. Jusqu’au 16 avril. De 9h30 à 12h et de 14h à 17h. Fermé mardi et dimanche matin. Infos : www.tournai.be/musee

Catalogue, 140 p., divers textes, ill. coul., éditions Marot. 30€.