Ostende célébré picturalement à Lyon

Claude Lorent
Ostende blanc, 1948, Collection particulière

Influencé par la vie portuaire, Edouard Pignon opte pour un réalisme social.Grâce au don, par Nicolas Pignon, d’un important tableau de son père, le peintre Edouard Pignon (France 1905 - 1993), le musée des Beaux-Arts de Lyon organise cet été une petite mais très significative exposition des toiles peintes entre 1946 et 1953. Toutes sont inspirées par la présence de l’artiste à 0stende en 1946. Un ensemble de peintures qui ne furent, semble-t-il, jamais exposées en Belgique.

Pratiquant, depuis sa première exposition collective en 1932, un art de synthèse et de symbole entre évocation figurative et abstraction, le peintre adhérant au parti communiste, puis résistant et toujours très impressionné par l’œuvre de Picasso, souhaite, dès 1945, se détacher de l’influence française à laquelle on le rattache officiellement. C’est alors qu’après un passage par le soleil et la lumière de Collioure, il effectue plusieurs séjours à Ostende où, dans une solitude volontaire, il recherche un nouvel engagement pictural. Cette présence fut déterminante dans la mesure où le peintre opta résolument pour une figuration à caractère social. Ligne qu’il maintint tout au long de sa carrière.

Le gris nordique

"Tout contrastait avec Collioure d’une façon violente. C’était l’hiver et la grisaille", écrit-il dans "La Quête de la réalité" (1966). "Il y avait dans ce port une atmosphère délicate qui me plaisait énormément. J’étais saisi par une sorte de balancement des choses, des voiles, des filets, de la mer […]. Les pêcheurs travaillaient dans l’air glacé, déchargeaient les caisses de poissons aux tons argentés […]. Les mâts me rappelaient certaines batailles d’Uccello […]. Il y avait de la glace sur le port, de la neige dans l’air, les vagues gelées."

La série de toiles exposées à Lyon, toujours d’un caractère formel synthétique, s’appuie sur la réalité locale, sur l’évocation des bateaux de pêche, des voiles marines, du travail des pêcheurs. Ce sont des compositions plutôt lyriques dans lesquelles, ponctuées de couleurs en demi-teintes, le gris atmosphérique du Nord domine. Désormais ce réel ostendais, vécu dans une certaine âpreté, marqua ses sujets jusqu’en 1953 et l’influença définitivement.Claude Lorent

Edouard Pignon, Ostende 1946 - 1953. Musée des Beaux-Arts de Lyon, 20, place des Terreaux, 69001 Lyon. Jusqu’au 28 août. www.mba-lyon.fr