La sculpture belge est en deuil

Décès d’Olivier Strebelle, un artiste au talent controversé.

Claude Lorent
La sculpture belge est en deuil

Personnalité connue du monde de l’art à Bruxelles, où plusieurs de ses sculptures sont implantées dans le tissu urbain, Olivier Strebelle est décédé ce 29 juillet ainsi que nous l’avons annoncé lundi.

Ce Ucclois qui le resta tout au long de sa vie, né en 1927, fils d’un couple d’artistes, s’engagea dans la carrière artistique dès son adolescence, à 16 ans, en suivant les cours de l’atelier de céramique à La Cambre et en réalisant ses premières créations figuratives. Sa précocité et le soutien familial lui valurent une rapide reconnaissance.

Un peu plus tard, en 1949, âgé de 22 ans, il fréquenta les membres belges du mouvement Cobra à travers les activités des Ateliers du Marais, où travaillent les Alechinsky, Reinhoud, Dotremont, ou encore Olyff. C’est à cette époque qu’il aborde la sculpture en métal, tout en poursuivant ses œuvres en céramique et en conservant une orientation nettement figurative, volontiers animalière, mais mâtinée d’un imaginaire mi-mythologique, mi-fantastique, comme le montrent son "Triton" ou sa "Sirène", commande des casinos d’Ostende et de Blankenberge.

L’une de ses dernières œuvres monumentales en cette matière, "Le Cheval Bayard", de treize mètres de long, conçue dès 1953 sur proposition de l’architecte Roger Bastin, souleva une vive polémique à Namur, où elle trouva gîte finalement, en 1958, en contrebas du pont des Ardennes, peu visible.

Fortement influencé par la prédominance de l’abstraction, Olivier Strebelle modifia son cap par l’utilisation de l’acier inoxydable avant de se consacrer principalement aux sculptures en bronze.

Les sculptures modulaires

Les formes, plutôt arrondies et souples, au caractère biomorphique voire anthropomorphe, servirent des compositions qui se caractérisèrent par une technique personnelle d’assemblage des divers éléments agencés les uns dans les autres.

Pour ses sculptures modulaires et démontables, en affinité avec celles de l’Espagnol Miguel Berrocal, il conçut une pratique de fixation en un point unique qui lui valut quelques-unes de ses pièces les plus originales et les plus appréciées. La suite de son œuvre, dès les années 1980, fut nettement moins convaincante et décriée avec raison par la grande majorité de la critique. Les compositions plutôt organiques, molles, manquent totalement tant de consistance que de structure.

Succès déceptif

Grand prix de Rome dès 1956, année où il exposa au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, l’artiste bruxellois consacra une part de son temps à l’enseignement et fut invité aux biennales de Sao Paulo (1961) et de Venise (1962).

Son implantation dans les milieux lui valut de nombreuses commandes par des entreprises belges et étrangères et par les instances politiques officielles. La plupart de ces œuvres engendrèrent cependant de virulentes polémiques à cause de leur esthétique et leur emphase, y compris son "Athletes Alley" de 100 mètres pour les JO de Pékin (2008) et, à Bruxelles, le bronze repoussant de l’avenue Louise, "Phœnix 44", en forme de V ou d’aile d’oiseau pour célébrer la libération de la ville ! La fin de sa carrière s’avéra décevante face aux promesses initiales.