Important ensemble Tony Cragg

Roger Pierre Turine A Luxembourg
Important ensemble Tony Cragg

A Luxembourg, le Mudam met Cragg à l’honneur. L’art de Tony Cragg, sculpteur anglais qui, né en Grande-Bretagne en 1949, vit à Wuppertal, en Allemagne, où il enseigne et règne sur un parc de sculptures qui, s’il lui est dédié, accueille des expositions d’autres artistes, est un art diversifié à l’extrême.

Soucieux de formes et matériaux en accointance avec l’environnement et les résonances que son travail peut provoquer, le sculpteur anglais n’a jamais lésiné sur les audaces formelles, sur les matières.

Ses formes déménagent régulièrement nos habitudes et conforts visuels et les matériaux auxquels ils recourent vont des plus pauvres aux plus classiques.

Cette importante et récréative exposition du Mudam n’est pas une rétrospective même si elle brosse un large inventaire des créations de Cragg des quarante dernières années.

Représentant la Grande-Bretagne à la Biennale de Venise en 1988, Cragg fut aussi, cette année-là, gratifié du Turner Prize, la plus prestigieuse des distinctions pour un artiste anglais.

Eclectisme et diversité

Depuis lors, il est une valeur de référence de cette fameuse "Sculpture anglaise" aux lettres de noblesse innombrables. D’Epstein, Moore ou Hepworth à Caro, Deacon ou Tremlett et tant d’autres, elle aura marqué le dernier quart du XXe siècle d’une empreinte remarquable.

A travers les décennies de sa présence sur la scène artistique, la sculpture de Cragg aura bien révolutionné et l’art et la perception que l’on peut en avoir. Se jouant des formes avec l’apparente facilité de ses prises en compte de l’espace, de l’environnement et des réalités qui le poussent à créer, Tony Cragg aura réussi à imposer un abécédaire de formes qui n’appartiennent qu’à lui.

L’introduction à son exposition est révélatrice de cette faconde. Dans le vaste hall à ciel quasi ouvert du Mudam, il présente trois pièces aux qualités presque contradictoires si elles n’étaient les siennes. Celles d’un homme ouvert à l’audace et à ses quêtes de chaque jour.

Alors que, de 2015, son "Industrial Nature" semble nous proposer un animal hybride assez révélateur d’un XXIe siècle de tous les possibles, son installation voisine de trois espèces de totems torsadés - "Points of View", 2015 également - montre bien au visiteur combien Cragg n’est pas l’homme d’un registre unique.

Plus classique avec ses "Early Forms" des années nonante, très sensuelles et elliptiques, il la joue beaucoup plus trash et intrigante avec sa "Congregation" de 1999, sorte de barque à la dérive faite de vieux bois, crochets, pagailles et pagaies de fortune.

Son installation "Fields of Heaven", de 1998, vaste répertoire de bouteilles et flacons de verre en tous genres est une autre de ses variations autour de la prise en compte de l’espace, du matériau, du temps et de la forme qu’il leur imprime.

Une exposition foisonnante, ludique, infiniment éclectique.

Mudam, Luxembourg. Jusqu’au 3 septembre. Infos : www.mudam.lu