Que vous réserve Europalia Indonésie ? Voici notre sélection

Du 10 octobre 2017 au 21 janvier 2018, la 27e édition du Festival Europalia emmènera le public à la découverte du plus grand archipel du monde : l'Indonésie. Ce pays, l'un des plus peuplés aussi, demeure largement méconnu en Belgique. Près de 250 expositions, spectacles, concerts et événements permettront de découvrir sa riche histoire, au confluent de nombreuses cultures et religions.

Alain Lorfèvre
Otniel Tasman
©Arief Budianto

Rayon de soleil en cette veille d'automne qu'on pressent froide et très (très) humide, Europalia 2017 nous emmènera à partir du 10 octobre, sous les cieux équatoriaux de l'Indonésie.

Pour couvrir les quelque 8000 kilomètres du plus grand archipel du monde, de la pointe de Banda Aceh, au nord de Sumatra, à Merauke, tout au sud de la Papouasie, un touriste devrait rouler sans interruption pendant douze jours, traverser seize détroits ou bras de mer et changer trois fois de fuseau horaire. Sur le périmètre plus modeste de la Belgique (avec quelques incursions dans les pays limitrophes), la 27e édition d'Europalia se donne quatre mois pour un voyage culturel et artistique non moins ambitieux dans la diversité de ce pays (qui est aussi la première nation de l'islam), le quatrième le plus peuplé du monde, avec quelque 257 millions d'habitants, disséminés sur près de 18 000 îles.

Pour embrasser sa diversité culturelle - trois cents ethnies parlant plus de 700 langues y cohabitent - un chapelet de près de 200 expositions, concerts ou événements était nécessaire. En voici les principaux.

Ancêtres et rituels, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, du 11/10 au 14/1

Les commissaires de l'exposition inaugurale d'Europalia 2017 ont identifié le culte des morts et des ancêtres comme point commun entre les nombreuses ethnies du pays. Les ancêtres jouent souvent encore un rôle de premier plan en Indonésie. Si l'archipel est aujourd'hui à 90% musulman, certains cultes et traditions sont encore imprégnés des pratiques d'antan. On trouve des racines bouddhistes, hindouistes ou animistes.

À travers les objets et artefacts qui seront exposés, c'est la riche histoire de l'archipel qui sera résumée. La plupart des pratiques trouvent leurs racines dans la culture austronésienne, apportée par des peuples migrateurs qui partirent de l'actuel Taiwan il y a plus de 5000 ans. La culture Dong Son du nord du Vietnam a aussi largement influencé les populations de l'archipel. À partir du Ve siècle, ce sont les échanges avec les marchands et les moines indiens, qui vont introduire pratiques et esthétiques bouddhistes et hindouistes dans les îles de Sumatra et Java. L'Indonésie héberge ainsi les ruines de Borobudur, le plus grand temple bouddhiste du monde, construit vers l'an 800 - un site remarquable que l'on peut toujours admirer aujourd'hui.

Dès le VIIe siècle, les populations de l'archipel commercent également avec des marchands venus de Chine et du Moyen-Orient. Ces derniers favoriseront l'essor de l'islam à partir du XIIIe siècle. Enfin, à partir du XVIIe siècle, catholicisme et protestantisme pénétreront aussi les îles indonésiennes, avec l'arrivée des colons et missionnaires portugais et hollandais, attirés par les précieuses épices - qui s'échangeaient alors à prix d'or.

Le plus : L'exposition présentera des pièces exceptionnelles, quelque 160 trésors archéologiques et ethnographiques issus du Musée national d’Indonésie, qui seront exposés pour la première fois en Europe.


Power and other things, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, du 18/10 au 21/1

Après les traditions, Europalia mettra le focus sur la création moderne et contemporaine. "Power and other things" tire son titre de la déclaration d'indépendance de l'Indonésie, proclamée en 1945. Dans celle-ci, le futur président Sukarno requérait de l’État néerlandais que "les questions concernant le transfert du pouvoir, et cetera (and other things)" soient traitées rapidement. Les curateurs, l'Indonésienne Riksa Afiaty et le Néerlandais Charles Esche, ont été interpellés par cette notion "d'autres choses", pour résumer toutes les autres composantes de la société (dont la culture) en dehors du pouvoir.

À travers les œuvres de 21 artistes indonésiens et occidentaux, "Power and other things" mettra en évidence l'influence des pouvoirs colonisateurs et occupants (notamment les Pays-Bas et le Japon durant la Seconde Guerre mondiale) sur les artistes modernes indonésiens.

Le plus : L'exposition portera aussi un regard critique et réflexif sur l'influence qu'exerce encore dans l'expression artistique l'histoire du pays et ses rapports avec ses anciens dominateurs - un point de vue qui pourrait aussi permettre au public belge, par association d'idées, d'interroger lui-même le rapport entre arts belges et congolais. Dans les deux cas, ces liens permettent de mieux comprendre l'identité culturelle du pays aujourd'hui.

I was born in Indonesia
©theIanPotterMuseum


Archipel, La Boverie, Liège, du 25/10 au 21/1

La mer représente quatre cinquièmes de la superficie de l'Indonésie. Son histoire découle en grande partie des flux maritimes. Certains des plus grands royaumes de cette région du monde y furent formés. Sa culture et ses arts ont été forgés au fil des siècles par les échanges commerciaux avec les marins austronésiens, chinois, arabes, portugais, néerlandais... Quarante pour cent du trafic maritime mondial transite d'ailleurs encore par le détroit de Malacca.

Fruit d’une collaboration entre des institutions et des scientifiques indonésiens, belges, français et néerlandais de premier plan, cette exposition - la première du genre en Belgique consacrée à l'Indonésie - permettra d'en apprendre plus sur l'histoire méconnue de ce pays extraordinaire à travers ses arts et ses créations ancestrales.

À l’occasion de cette exposition, un bateau traditionnel sulawésien à taille réelle sera construit selon la méthode ancestrale des planches cousues par des charpentiers venus de Makassar.

Le plus : La majorité des œuvres exposées en provenance d'Indonésie seront présentées pour la première fois en Europe. Elles sont complétées par des pièces rarement exposés du Musée royal de Mariemont et du Musée de la Marine à Paris, ainsi que d'œuvres issues de collections privées.

Ornement de proue
©Arkadius 2017


Lifepatch - L’histoire du Tigre et du Lion, Muhka, Anvers, du 16/9 au 7/1

Le Muhka a invité le collectif indonésien Lifepatch à présenter une exposition individuelle. Lifepatch, un collectif fondé en 2012 à Yogyakarta, sur l'île de Java, en Indonésie. Celui-ci organise des événements ou créations transdisciplinaires, engageant le dialogue entre les arts, la science et la technologie dans une démarche citoyenne.

Le projet au Muhka explore les relations entre deux personnages clés l’histoire coloniale néerlandaise en Indonésie : Hans Christoffel et Si Singamangaraja XII. Au début du XXe siècle, le mercenaire suisse Christoffel fut au service de la Légion royale des Indes néerlandaises, avec pour mission d’assassiner les rois tribaux et les chefs traditionnels en Indonésie. Son affrontement avec Si Singamangaraja, chef spirituel et politique du peuple batak, à Sumatra, est entré dans la légende. Singamangaraja a acquis le statut de héros national, qui sera exploité au moment de la lutte pour l'indépendance.

Le plus : Après avoir voyagé à travers toute l’Indonésie, Christoffel s'installa à Anvers. Il légua sa collection d'armes et artefacts accumulés en Indonésie au Musée ethnographique de la ville. Ceux-ci constituent le point de départ de l'exposition, qui confronte les deux versions de l'histoire de ce duel : le point de vue colonial et le point de vue indonésien.

Installation Bale Kambang, MAS, Anvers, du 28/10 au 21/1

Les épices, le café et le batik sont généralement associés à l'image de l'Indonésie. Mais le bambou est une matière première locale qui fait partie intégrante de la vie quotidienne. Il est utilisé par la majorité des communautés et ethnies de l'archipel.

Eko Prawoto, architecte et artiste indonésien, qui promeut depuis des années le retour à l'utilisation du bambou - résistant, durable et aisément remplaçable - dans la construction des habitats, a conçu pour Europalia une plate-forme flottante (bale kambang, en indonésien).

Le plus : Édifiée devant le MAS, cette installation architecturale, au-delà de son apparence esthétique originale et gracieuse, est destinée à être un espace public durant le Festival Europalia. Elle invite à organiser des activités communautaires sur sa structure.

NOSHEHEORIT
©Arief_Budianto


Arts de la scène, divers lieux, octobre-décembre

Les arts de la scène constituent un important volet de la programmation d'Europalia 2017. Il existe en effet plus de trois mille styles de danses traditionnelles en Indonésie, lesquelles irriguent aussi un vaste courant de création contemporaine, reconnu internationalement.

Concentré principalement en octobre et novembre, le programme danse d'Europalia permettra notamment de découvrir les traditionnelles danses de masques Cirebon avec la troupe Nani Topeng Losari ou les danses traditionnelles balinaises, à Anvers. Le Pencak Silat est un art martial qui se pratique avec des armes, des bâtons ou à mains nues. Rythmée et stylisée, sa représentation moderne tient de la chorégraphie. On pourra en voir des représentations à Bozar en décembre. Les arts martiaux et percussions traditionnels de Sumatra servent également de base aux créations de la troupe Nan Jombang, qui présentera à Bozar, en décembre, sa création "Whispering of Exile".

Otniel Tasman, figure de proue de la danse contemporaine indonésienne, sera à Anvers en octobre, avec son solo androgyne "Lengger Laut", et à Charleroi danse et au KVS avec sa troupe de jeunes danseurs pour la création "NOSHEHEORIT" qui interroge aussi les conflits ou la confusion entre genres.

À découvrir également, "Cry Jailolo", une création du chorégraphe Eko Supriyanto, pour une troupe de sept jeunes danseurs issus d'un village de pêcheurs, et qui renvoie au lien ancestral des Moluques avec l'océan.

Musicalement, l'Indonésie est caractérisée par l'omniprésence du gamelan, ensemble orchestral composés d'instruments de percussions traditionnels. La création n'en est pas moins variée. Le gamelan a influencé certains compositeurs internationaux - de Debussy à Philip Glass en passant par Sonic Youth.

Quatre piliers du gamelan javanais et balinais feront le déplacement en Belgique : A.L. Suwardi, I Wayan Gde Yudane, Rahayu Supanggah et Iwan Gunawan. Ce dernier a participé à une création originale, qui sera un des grands rendez-vous de la programmation musicale d'Europalia : une réinterprétation avec Stefan Lakatos des créations de Moondog - musicien de rue new-yorkais légendaire (à l'Ancienne Belgique le 26 octobre).

Nan Jombang
©Fionna Culleh


Palais de la Dynastie, Monts des Arts, Bruxelles

Le Palais de la Dynastie, au pied du Monts des Arts, à Bruxelles, sera le centre nerveux d'Europalia Indonésie. On y trouvera notamment le centre d'information de l'événement.

La façade du bâtiment sera parée d'une construction géométrique,composée de triangles, références stylisées aux îles et volcans, mais aussi aux temples de l'archipel. Conçue par Faisal Habibi et exécutée par Aslı Çiçek, deux designers indonésiens, elle égayera le centre de la capitale durant le gris hiver bruxellois.

Le plus : On y trouvera un assortiment de produits équitables indonésiens, sans oublier du café - de Java.

Autres événements

Des dizaines d'autres événements, installations et expositions sont également programmés durant Europalia Indonésie. Retrouvez la liste complète et l'agenda sur le site de l'événement : https://europalia.eu/