Décès du galeriste Pierre Hallet

Galeriste, marchand d’art, plus encore amateur passionné, Pierre Hallet s’en est allé, à 67 ans, ce dimanche… Il avait la vie devant lui.

Décès du galeriste Pierre Hallet
©D.R.
Roger-Pierre Turine

Il était de cette classe de marchands qui privilégiaient la foi en un métier de passeur convaincu de la bienséance de ses choix, de ses enthousiasmes.

Comptant parmi les plus anciens de la profession, il avait pignon sur rue en l’artère Ernest Allard, à deux pas du Sablon. Ne rechignant pas à exposer des artistes contemporains selon une certaine tradition, il était aussi animé de cette foi imparable qui le poussait à défendre une génération trop oubliée, celle des années 50/60.

L’anecdote vaut d’être contée : alors qu’il y a une trentaine d’années, il exposait des tableaux du grand abstrait Antoine Mortier, le hasard voulut que l’artiste, qu’il ne connaissait pas, entrât en sa galerie, Pierre lui proposant, comme à chacun, les explications souhaitées par le visiteur. A sa stupéfaction, Mortier se présenta. Une amitié s’installa. Depuis, Françoise Mortier, la fille du peintre, resta fidèle à Hallet. Elle le pleure comme nous tous, car cet homme affable était tout sourire, tout rire. Sans jamais rien demander, sachant respecter les choix et appréciations, bonnes ou mauvaises, du critique.

On lui doit la création d’un Salon du Dessin, « Art on Paper », qui lui fut subtilisé au mépris de toute éthique. Amateur de nos grands abstraits, de Mortier à Van Lint, Mendelson, Delahaut ou, plus tard, Marthe Wéry, il fit la courte échelle à Jacqueline Devreux, devenue sa femme, à Ransonnet, à Noëlle Koning, à tant d’autres. Il exposa James Brown, dont il appréciait les « têtes ».

Marchand convaincu d’avoir à soutenir les artistes qu’il appréciait, il les achetait en vente publique, aux fins de les soutenir et de leur consacrer, le cas échéant, une exposition valorisante. Il était l’ami de nombreux artistes, qui voyaient en lui un homme ouvert et généreux. Un amoureux de l’art et des expressions de la vie.

Jovial, bonhomme, curieux, fraternel, amical avec ses meilleurs collègues, il était un expert reconnu. Tout cela sans jamais se prendre au sérieux, sans se croire au-dessus de quelque mêlée. Sa probité, son allant, vont nous manquer, comme nous manquera son talent à cuire comme il seyait un petit cochon de lait sorti du four en plat de roi. Pierre Hallet laissera l’image d’un homme juste, comme on aimerait en rencontrer plus souvent.