Au Musée de Charleroi, une impressionnante rétrospective du collectif de photographes NOOR

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Au Musée de Charleroi, une impressionnante rétrospective du collectif de photographes NOOR

Lorsqu’en 2007 quelques photographes talentueux annoncèrent à Visa pour l’Image - le célèbre festival du photojournalisme - quitter l’agence Vu pour créer un nouveau collectif de photographes, nous écrivions (LLB19-09-2007) "… ils savent que pour vivre de ce métier la réputation est nécessaire, mais ne suffit plus. Il faut de surcroît, globalisation oblige, une efficacité dans la distribution et la vente. Surtout si l’on veut imposer des sujets de fond que les magazines veulent de moins en moins. Bref, l’enthousiasme des commencements ne sera pas superflu".

Vision critique

Près de quinze ans plus tard, force est de constater que l’enthousiasme n’est jamais retombé comme on peut s’en apercevoir dans l’impressionnante rétrospective que le Musée de la photographie de Charleroi consacre à cette agence dont le nom NOOR signifie en arabe "lumière", mais aussi "entrer dans quelque chose de nouveau".

Aujourd’hui certes, ne restent que quatre des neuf membres fondateurs (Kadir Van Lohuizen, Pep Bonet, Francesco Zizola, Yuri Kozyr, Stanley Greene étant décédé en 2017). Cependant, ils sont désormais treize, dont une majorité de femmes, à travailler dans l’esprit des débuts avec cette idée que "certaines choses ont simplement besoin d’être vues".

C’est ce qu’on peut constater dans cette exposition dense montrant des reportages au long cours de chacun des photographes. C’est là une façon de souligner que dès le départ, NOOR ne considérait le photojournalisme que comme un regard approfondi des réalités du monde.

Cela avec une vision critique de notre société et des problèmes tels que le changement climatique, la surconsommation, la migration forcée, la montée de l’autoritarisme ou les injustices du patriarcat.

Réalité augmentée

De cet enthousiasme initial reste aussi une volonté de travailler régulièrement ensemble pour offrir une vision plus complexe sur un sujet donné. Comme par exemple lorsque Nina Berman, Andrea Bruce et Yuri Kozyrev abordent le rapport entre les citoyens et la politique. Ou lorsque Alixandra Fazzina, Francisco Zizola travaillent sur les conséquences des révolutions arabes dont la crise migratoire persistante. Ou enfin lorsque Kadir van Lohuizen et Yuri Kozyrev s’emparent de la question climatique à travers un projet d’ampleur en Arctique sur ce qu’ils appellent - en référence à la conquête de l’Ouest - la "nouvelle frontière".

Parlant de nouvelle frontière, on notera que NOOR n’a pas esquivé celle du numérique, cela en mettant en ligne ses récits et des contenus multimédias propres à Internet, mais également en proposant pour certains sujets un dispositif de réalité augmentée bluffant développé par la plate-forme Blinkl.

"NOOR/Pulse" Photographie Où Musée de la Photographie, 11, avenue Paul Pastur, 6032 Charleroi, www.museephoto.be Quand Jusqu’au 19 septembre, du mardi au dimanche, de 10h à 18h.

Au Musée de Charleroi, une impressionnante rétrospective du collectif de photographes NOOR
©IPM

Au sortir de l’exposition "Noor/Pulse", très prenante, le passage par l’exposition "Concours de forts de résistance du Soir", réalisée par Jean-Marie Wynants, offre quelques minutes de décompression bienvenue. Une trentaine d’images ramènent le visiteur en ces temps d’innocence, de 1923 à 1979, où un journal comme Le Soir pouvait mobiliser une foule de gamins en vacances à la côte belge - jusqu’à 20 000 - autour d’un concours de châteaux de sables. Dans des clichés à la Doisneau, tous ces Quick et Flupke entre Knokke et La Panne, nous donnent une furieuse envie de rejoindre la plage au plus vite.

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