A Porquerolles, la mer rêvée et menacée

A la Fondation Carmignac, expo enchanteresse d’Art contemporain et animaux marins

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© dr

La Fondation Carmignac installée depuis 2018 sur l’île de Porquerolles est plus que jamais un lieu enchanteur avec cette année la magnifique exposition La mer imaginaire qui plonge dans l’avenir menacé des espèces sous-marines, imaginé par des artistes.

Visiter la Fondation est une expérience artistique unique mais c’est aussi le contact avec la nature: l’arrivée en bateau depuis Hyères, vingt minutes en mer pour se couper du brouhaha du monde; puis l’île, comme une forêt de pins et d’eucalyptus entourée de plages magnifiques; quinze minutes de marche depuis le port pour découvrir la Fondation nichée dans un mas provençal parmi les oliviers, les pins et les vignes.

Des sculptures sont disséminées dans le beau parc incitant à la promenade un régal avec le Cafe et les stridulations des grillons.

Les salles d’exposition sont creusées sous le bâtiment car toute l’île est un site protégé devenu inconstructible. Mais la lumière chaude du Sud s’infiltre partout dans ces salles, y compris à travers la fine couche d’eau de la piscine qui recouvre la grande salle.

Un vrai rituel invite les visiteurs à s’immerger dans l’art mêlé à la nature: on reçoit une infusion de plantes et il faut se déchausser pour arpenter les salles pieds nus, relié à la terre.

La baleine

Le thème de La mer imaginaire s’est imposé d’emblée à l’écrivain américain et commissaire d’exposition invité, Chris Sharp. Déjà les oeuvres pérennes de la Fondation sont une invitation à ce voyage, avec la fontaine de Bruce Nauman faite de cent poissons volants crachant l’eau, ou la grande fresque de Miquel Barcelo peignant les fonds marins vus à travers nos yeux.

La mer imaginaire, c’est certes la mer rêvée, enchantée, si enchanteresse, mais c’est aussi celle d’un milieu vivant menacé par l’homme. Une exposition où le visiteur a l’impression de côtoyer des espèces marines disparues ou qui menacent de l’être et appellent au secours. On y apprend le sens du mot « solastalgie », créé par le philosophe australien Glenn Albrecht en 2003: un sentiment d’anxiété face à la dégradation irréversible de la nature.

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© belga


Nicolas Floc’h a occulté les fenêtres par des surfaces bleues lumineuses comme l’eau de la Méditerranée. Miquel Barcelo a reconstitué dans plusieurs salles une grotte sous-marine, comme il les aime.

Surtout, au centre des salles d’exposition, on découvre le squelette merveilleux d’un baleine retournée semblant ressusciter, couverte de sel, depuis le fond des océans. Une vision d’autant plus troublante qu’elle a été placée juste sous la piscine et qu’elle est inondée d’une lumière tremblante passée à travers l’eau. On se croirait bien sous la mer.

L’oeuvre de l’artiste sud-africaine Bianca Bondi (née en 1986) a été coproduite par la Fondation. L’artiste mêle toujours à son travail des allusions à la science et à la sorcellerie. Ce squelette de 12 m de long a été reconstitué à partir d’os de différentes espèces et apparaît flottant entre la mort le la vie, remontant vers la surface.

Méduses merveilleuses

Devant tout un mur, flottent de superbes et grandes méduses turquoises, roses, oranges ou bleues, de Micha Laury. On

peut se promener, cette fois sans dangers, sous leurs longs filaments. En contrepoint, l’artiste Japonais Yuji Agematsu a imaginé les méduses du futur (ou déjà du présent !) qui nagent dans nos mers, composées d’ordures ramassées dans les rues de Mexico !

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© belga


Bruno Pelassy, mort en 2002, avait inventé de nouvelles créatures sous-marines, faites à partir de nos déchets : dans un aquarium, un moteur actionne lentement un assemblage de silicone, soie, dentelles et perles, créant l’illusion d’un animal vivant, poétique et magique.

La mer a toujours envoûté comme le montre une grande tapisserie de Matisse après son voyage en Polynésie (1964) et les photographies des années 20 de Jean Painlevé montrant des gros plans de pieuvres ou de pinces de crabes.

Peut-on fusionner la mer et l’homme comme l’imaginait Dora Maar dans sa photographie d’un coquillage mutant (1934) d’où sort la main d’une femme ? Ou Hubert Duprat avec son grand corail rouge dont les branches sont cerclées d’anneaux en mie de pain?

Gilles Aillaud peint un aquarium qui se vide sous le regard apeuré des poissons nous demandant quel sera encore leur avenir.

Une exposition avec encore l’humour de Jeff Koons et son homard acrobate et de Cosima von Bonin et son orque sur un banc d’école.

Dans le jardin, Mathieu Mercier montre dans un vivarium placé dans l’obscurité d’un pavillon, un très troublant couple d’axolots, ces salamandres mexicains -mi-animaux de mer, mi-de terre- chaînon manquant de l’évolution qui nous a sorti un jour de cette mer (mère) nourricière.

Au total, une superbe exposition accessible à tous, entre Art contemporain et sciences naturelles, entre émerveillement et conscientisation écologique. La plus belle exposition jusqu’ici sur l’île enchanteresse.

La Mer imaginaire, à la Fondation Carmignac, à Porquerolles, jusqu’au 17 octobre