À Arles, Sous le soleil exactement

Massao Mascaro, une proposition de la Fondation A au Prix Découvertes Louis Roederer.

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© Sorry Michèle

Depuis quelque cinq ans, les Rencontres d’Arles consacrent une part de leur programmation aux "émergences" en laissant le soin à une dizaine de galeries ou institutions artistiques du monde entier de présenter chacune un (ou une) jeune photographe au Prix Découvertes Louis Roederer. Autant dire que la barre est placée haut dans la mesure où il y va de la réputation de ces lieux d’art.

Déconstruction

Cette année, considérés comme une seule et même exposition confiée à la commissaire Sonia Voss, les onze projets retenus prennent place dans l’église des Frères-Prêcheurs, un des lieux emblématiques du festival. Le fil rouge de l’ensemble est le medium photographique lui-même qui se trouve questionné autant dans ses techniques et procédés que dans son histoire.

C’est ainsi que le travail de Tarrah Krajnak, la lauréate de cette édition présentée par AS-IS.LA Gallery (Los Angeles) prend la forme d’une déconstruction critique des célèbres nus d’Edward Weston. De même, la série Les habitants de Jonas Kamm (Université des Arts Folkwang) qui a été réalisée à grand renfort d’informatique, remet-elle en question la nécessité du référent. De façon plus évidente, L’appareil d’Andrzej Steinbach met-elle en résonance la neutralité sexuelle du (ou de la) photographe-modèle - montré(e) dans chacune des images de la série - avec la neutralité supposée de l’image "mécanique".

Parmi toutes ces propositions, on retiendra particulièrement celle de Massao Mascaro, un jeune Lillois vivant en Belgique et présenté par la Fondation A Stichting (Bruxelles). Sa petite vingtaine d’images en noir et blanc est sans aucun doute la série la plus photographique de l’ensemble. Sans grands effets techniques (de simples tirages argentiques de qualité), sans scénographie tapageuse (pas de wallpaper si convenu de nos jours), il concentre notre attention sur ce qui est au cœur du procédé photo, à savoir la lumière. Et pas n’importe laquelle ; celle du pourtour de la Méditerranée qu’il a parcouru pendant trois ans en suivant l’itinéraire mythologique du voyage d’Ulysse. Dans cet ensemble très cohérent, portraits et fragments insignifiants du réel semblent lavés de la même façon par le soleil omniprésent. Un peu comme si celui-ci pouvait gommer le présent tragique que ces gens et ces choses évoquent. Un peu comme si sa puissance relativisait toute misère humaine.

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© Sorry Michèle


Dans ces tirages lumineux, on retrouve l’équivalent de la prose éblouissante du Camus des Noces à Tipasa : "Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres…" À noter que quelques paragraphes plus loin, le génial écrivain ajoutait : "Bien pauvres sont ceux qui ont besoin de mythes. […] Est-il même à Déméter ce vieil hymne à quoi plus tard je songerai sans contrainte : "Heureux celui des vivants sur la terre qui a vu ces choses". Voir, et voir sur cette terre, comment oublier la leçon ?"

--> "Sub Sole" de Massao Mascaro. Église des Frères-Prêcheurs, rue du Docteur Fanton, 13200 Arles. Jusqu’au 26 septembre, tous les jours, de 10 à 19 h30. Rens. : www.rencontres-arles.com