Dalí comme dans un kaléidoscope

 À Gand, l’église Saint-Nicolas s’anime d’un Salvador Dalí difracté. L’art immersif trouve son public.

L’artiste espagnol de renommée internationale (1904-1989) est au cœur d’une exposition qui se tient depuis le mois de décembre dans les murs de l’église Saint-Nicolas (Lichtkerk), sur le Korenmarkt. La ville de Gand avait déjà connu un grand succès avec son exposition immersive consacrée à Van Eyck, l’an passé, à l’occasion des 580 ans de la disparition du peintre de L’Agneau mystique.

Décidément, les expos immersives ont le vent en poupe. On pense à l’expo au palais de la Dynastie, à Bruxelles, consacrée aux maîtres de la peinture flamande (Meet the Masters, qui vient de fermer ses portes), à Magritte à la Boverie, ou encore à l’exposition consacrée à Klimt, dans la galerie Horta, dont nous vous avions parlée en avril passé, et prolongée jusqu’en mars, après avoir rencontré plus de 120 000 visiteurs.

Une nouvelle demande culturelle

Le succès de ces expositions qui font entrer le visiteur au cœur de l’œuvre d’un artiste s’explique assez aisément, selon Ilse Wachtelaer, responsable des activités culturelles de Lichtkerk, l’église expo. “À l’office de tourisme, le public demande à voir quelque chose de culturel, qui ne soit pas un musée, et qui ne soit pas trop long”. La formule d’une exposition immersive qui accueille d’abord les gens avec un contenu pédagogique (une bio, des vidéos de Dali, un album photo, des objets émanant de la Fondation Dalí), puis qui les laisse entrer dans les œuvres projetées de l’artiste correspond à cette nouvelle demande culturelle. Et l’on parle tout aussi bien d’un public d’amateurs d’art que d’un public familial, parfois plus rétif à visiter des lieux culturels, car accompagné d’enfants.

“Lundi passé, jour de rentrée des classes, on a compté 120 visiteurs. Pour un lundi, c’est étonnant”. “Il y a une vraie facilité à passer la porte de l’expo”. Le titre en immenses lettres rouges Inside Dalí, attire, comme un aimant les passants, qui font un pas de côté, entre shopping de soldes et chocolat chaud au chaud. La formule digitale, la promesse de l’expérience 360°, très clairement fait le reste. En fait, on est curieux de voir comment cela pourrait être, de voir Dalí comme au spectacle.

Il faut dire aussi que “l’œuvre de Dalí s’accommode bien de cette technique de projection”, poursuit la responsable des lieux. “Lui qui avait créé un monde à part, surréaliste”, ne peut être contredit par cette formule diffractée de la réalité qui s’étale sur les hauts murs de l’église de la Lumière.

Dans la nef de Lichtkerk, en effet, des homards montent puis descendent, des colombes s’envolent entre deux colonnes gothiques. Le temps fond, comme les horloges de l’artiste. Et ses formes de type protozoaires jaillissent façon “taches de peintures”, morceaux de ce monde surréaliste inventé dans la tête de Salvador, et jeté aux yeux du monde.

Dalí comme dans un kaléidoscope
©Hendrickx

Le public de toute évidence captif s’assoit, peut-être pour parvenir à saisir la pensée prolifique de l’artiste qui a cherché à toujours créer pour s’assurer de ne pas disparaître, obsédé qu’il était par l’immortalité. Lorsque l’on voit l’effet que cela peut faire sur un jeune enfant de deux ans entré, en poussette, dans la salle des miroirs (“Oh maiii”), on se dit que Dalí n’est pas prêt de passer l’arme à gauche dans le cœur du public.

--> Inside Dalí. À Lichkerk, Gand. Jusqu'au 15 mai. Entrée : 14,5€. Nombreux tarifs réduits. Attention, le cœur de ville de Gand est sans voiture. Le parking le plus proche ? Sint Michiels, à 300 mètres du Korenmarkt.

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