"Yézidis, du génocide à la reconstruction?": le temps a passé, mais leur situation alarmante n'est pas résolue

À Liège, un travail journalistique au très long cours.

"Yézidis, du génocide à la reconstruction?": le temps a passé, mais leur situation alarmante n'est pas résolue
©Johanna de Tessières

À Liège, l'Espace Wallonie présente Yézidis, du génocide à la reconstruction ?, une exposition du travail conjoint de Johanna de Tessières (pour les photographies) et de Christophe Lamfalussy (pour les textes), journaliste de La Libre. À première vue, on pourrait se demander la raison de cette nouvelle mouture puisqu'il y a quatre ans, on avait pu voir des mêmes auteurs Les Yézidis. Un peuple entre exil et résistance à l'Espace d'architecture La Cambre à Bruxelles dans une version bien plus ample. Outre le fait que 90 % des plus ou moins 5 000 Yézidis vivant en Belgique habitent à Liège, la raison la plus impérieuse est que le temps a passé sans résoudre leur situation alarmante, particulièrement en Irak comme en témoignent les nouveaux reportages des deux auteurs.

Frappant

Accrochées devant les fenêtres de la salle cylindrique d'exposition, la trentaine d'images rassemblées sous neuf thématiques (Les Yézidis. Pourquoi l'État islamique s'est-il attaqué à eux ? Est-ce un génocide ?…) retrace en fait le fil de ce travail journalistique au très long cours, de ses débuts en 2014 à aujourd'hui. Il est frappant de voir combien les photographies légendées de 2015 sont encore très empreintes du drame de l'année précédente. À savoir, la prise de Sinjar et de ses environs, le fief principal des Yézidis, par l'État Islamique. Par exemple, sous le portrait de profil d'une femme dissimulant son visage on peut lire : "Village de Sharya, Irak 2015. Amsha a été enlevée par Daesh puis offerte à l'un de leurs combattants. Elle dit : "Ils ont tué mon père et mes deux sœurs devant mes yeux, elles avaient 14 et 15 ans". Elle a réussi à s'enfuir. Sa troisième sœur est toujours dans les mains du groupe terroriste (au moment de son témoignage) à Deir-es-Zor en Syrie, ce qui explique qu'elle ne veut pas révéler son identité."

Génocide

Ce n'est là qu'un des innombrables cas de cette tragédie qui a poussé en juillet 2021 la Belgique à reconnaître comme "crime de génocide" les massacres des Yézidis par l'État Islamique en août 2014. C'est d'ailleurs en parfaite cohérence avec cette reconnaissance que ce projet d'exposition a été porté par le Centre de Recherche et de Rencontre (CRR asbl), en partenariat avec l'Espace Wallonie de Liège, et subsidié par la Wallonie dans le cadre de Lutte contre le racisme 2021. Au vu du résultat, nous ne changeons pas d'un iota ce que nous notions lors de l'exposition précédente (La Libre du 17-01-2018) : "Ce que nous voyons dans cette exposition est en fait le résultat de cette guerre et plus exactement la résilience au quotidien, mais le témoignage n'en est pas moins fort. En voyant comment vivent au jour le jour les Yézidis soit dans des camps, soit en exil, le visiteur est gagné par l'empathie alors que des images dures du conflit auraient tout au plus suscité sa pitié."


Espace Wallonie de Liège, Place Saint-Michel, 86, jusqu’au 13 mai.

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