Le chef-d’œuvre de l’année à Gerpinnes

Valéry Soudant s’est vu confier un autoportrait de Fujita, de 1923. Et un miracle, belge cette fois.

Foujita
Foujita ©Valéry Soudant

Ce n'est pas tous les jours que le marché de l'art belge permet de voir des œuvres d'une telle qualité. Foujita (1886-1968) est une star du négoce de tableaux modernes à travers le monde. Il a déployé un style raffiné, linéaire, poétique, issu de la calligraphie japonaise dont il est redevable de par son sang, son esprit religieux qui connaîtra un grand bouleversement et sa mentalité. Notons qu'il avait déjà traité de sujets catholiques dès 1915, avec une toile figurant Christ en croix, à mi-corps. Elle avait été vendue chez Maigret à Paris en 2007 et fit alors 17 500 €.

Mais l’artiste est aussi devenu un Européen convaincu, moderniste et membre éminent de l’École de Paris, à côté des Fernand Léger, Pascin, Modigliani, Juan Gris, Picasso ou encore Matisse pour n’en citer que quelques-uns. Il se convertira au catholicisme à la fin de 1959 et créera à Reims un décor dans une chapelle toute neuve où il sera enterré. Ses parrains en religion furent René Lalou, patron des champagnes Mumm, et Béatrice Taittinger.

Le lot présenté chez Soudant, à Gerpinnes, gagné face à la concurrence de Sotheby’s, est significatif de l’art de Foujita pour sa distinction, ses économies de moyens, sa grâce simple et évidente. Nous sommes en 1923, la meilleure période sans doute. C’est un art du trait, un dessin à l’huile en quelque sorte. La toile mesure 41 x 39 cm, ce qui n’est pas très grand.

La cote monte

Elle est par contre rare, et dans les 20 dernières années, il n’y a eu que six autres autoportraits passés en vente publique. On retiendra celui dit "au chat", proposé chez Bukovski en avril 2009, qui fit 93 160 € soit l’estimation basse. Puis le plus récent qui a été adjugé chez Philipps en novembre 2021 et qui fit 476 145 €. Un troisième tableau du même sujet date de 1958. C’est une huile sur un panneau d’Isorel, très petit puisqu’il ne mesure que 17,5 x 13 cm. L’artiste est comme ici de face mais l’atmosphère est plus lourde et le style moins illuminé de l’intérieur. Le panneau été vendu à 160 041 € chez Mainichi, à Tokyo, en juillet 2018. Un autre très petit également (18 x 14 cm) s’est vendu chez iArt Co à Tokyo de nouveau en mars 2018 pour 146 129 € ; mais comme le précédent, il était tardif et datait de 1957. Enfin, en 2013, une huile de 35 x 24 cm, placée chez Lempertz à Cologne et datant de 1926, n’avait pas été vendue à 100 000 €. Il est intéressant de noter que la cote a fortement augmenté en vingt ans. Le tableau de chez Soudant vient d’une collection privée belge et il avait été acquis directement à l’artiste en 1923, par Lucien Biot. Les frais seront de 25 % plus des droits de suite. Le lot est annoncé entre 200 000 et 300 000 €. On reviendra plus tard sur le reste de la vente.

Vente publique Où 60, rue de Bertransart à 6280 Gerpinnes, www.mjvsoudant.be Quand Dimanche 26 juin dès 13h.