Brafa: cette 67e édition prend des allures historiques

La foire des antiquaires de Belgique ouvre ses portes pour une semaine et demie de bonheur.

Brafa: cette 67e édition prend des allures historiques
©Eberwein / Theunissen

Officiellement le salon ouvre ce dimanche. Mais en vérité, il sera accessible sur invitation dès vendredi. Il n’y a là rien de neuf sous le soleil et c’est de tradition d’ouvrir deux jours de suite pour les clients les plus "chouchoutés" par les marchands d’art. Ils favorisent de la sorte ceux qui font prospérer leur commerce.

Cette 67e édition prend des allures historiques. En premier lieu parce que la Brafa est la plus ancienne manifestation de ce genre, de niveau national puis international, en Europe. Puis, il y a le fait qu’en s’installant au Heysel, elle prend ses quartiers dans une zone jadis considérée comme trop populaire, ingrate, peu valorisante pour les antiquités. C’était surtout trop grand pour une cohorte d’à peine cinquante exposants, comme on les trouvait au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles dès les années soixante.

15 000 objets

Finalement, le bon sens a gagné même si on regrettera le site merveilleusement restauré de Tour et Taxis. Il est tellement rare en Belgique que l’architecture de la seconde moitié du XIXe siècle soit ainsi sauvée, valorisée, modernisée. Le Heysel est un peu moins vieux que Tour et Taxis mais il mérite lui aussi le détour pour sa richesse architecturale.

Cependant, le propos n’est pas là, il est dans ce qui se cache encore pour nous tous au-dedans.

En sondant, on trouve toujours de quoi meubler un papier, mais nul doute que la mise en scène sera réussie et que la magnifique ambiance créée aux abords du canal sera renouvelée sur le plateau proche des palais royaux.

Les 115 galeries retenues vont nous montrer entre 10 000 et 15 000 objets paraît-il ; de quoi prévoir cinq heures de visite. On y trouvera des meubles, des bijoux sur plusieurs stands très importants de Courtrai et de France, des tableaux anciens et modernes surtout, un peu de porcelaine chinoise ou européenne chez Lavergne, Lemaire et Laurence Lenne, des sculptures depuis l’Antiquité jusqu’aux débuts du XXIe siècle dont les Desmet et Benjamin Proust, on en passe.

Il y a des points d’orgue qui préfigurent du beau, comme la météo qui annonce déjà du temps clair et serein sans trop de nuages à l’horizon. En espérant que la douceur projetée ne jette pas un mauvais sort sur la manifestation. Les marchands d’art sont comme les fermiers, ils aiment la pluie, et l’eau est source de vie.

Déesse romaine

Dans les arts anciens qui nous occuperont ici, il faut noter quelques pièces prises presque au hasard des mails reçus et des dossiers de presse consultés. Pour faire bon ordre, on commencera par les objets antiques comme chez les Français d’Eberwein (22 rue Jacob à Paris) qui exposent un superbe élément de couvercle de sarcophage égyptien. Il remonte entre les XVIIIe et XXIe dynasties, soit entre 1570 et 1070 avant J.-C.

La galerie Kervokian (21, quai Malaquais à Paris également) vient à la Brafa pour la première fois. On y verra des objets moyen-orientaux parfois très anciens comme ce "fleuron" du Luristan, montrant deux béliers ou des bouquetins ailés s’affrontant. Cette pièce date de l’age du fer et donc a pas loin de 3000 ans. Günter et Micaela Puzhe sont eux aussi versés dans l’archéologie. Ils nous arrivent de Fribourg-en-Brisgau, dans le sud de l’Allemagne, en face de Colmar. On verra chez eux une tête des Cyclades, ce qui nous met plus de 4 000 ans dans la figure, ou encore une apaisante tête de déesse romaine en marbre, du premier siècle après le Christ, haute de 33 cm. Et on terminera ce petit tour très ancien avec une partie du visage du pharaon Senusret Ier, qui régna de 1971 à 1926 avant notre ère. Cet objet en granit noir, haut de 166 cm se trouve chez Axel, May et Boris Vervoordt. Pour la défense du mobilier, il n’y aura plus que trois stands, à savoir Igra Lignum installé au château de et à Marnand (au sud de Payerne), en Suisse. Ensuite, il ne faudra pas rater les Berger père et fils, originaires de Beaune. Et puis encore les Bruxellois Olivier Theunissen et Nicolas de Ghellinck. Chez ces derniers, on verra une superbe commode Louis XV, estampillée Doirat qui est presque aussi belle qu’une autre commode Régence qui est passée chez Mes Beaussant-Lefèvre à Paris ce dimanche 12 juin. On l’attendait à 80 000 € (voir par ailleurs).

Notons que plusieurs exposants de la Brafa seront une semaine plus tard également à la Tefaf à Maestricht. Il s’agit des Vervoordt, des Bérès, de Kevorkian, d’Eeckhout, d’Eberwein, d’Epoque Fine Jewels et des De Jonckheere. Il faut saluer ces marchands qui prennent des risques importants en période de crise internationale. Les jeux ne sont pas faits d’avance, ni à Bruxelles ni à Maestricht. Que les dieux du commerce les protègent.

Salon Où Au Heysel, Palais 3 et 4. De 11h à 19h, sauf le jeudi 23, de 11h à 22h. Prix : 25€. De 16 à 26 ans : 10€. Sous 16 ans : gratuit. Catalogue : 20€. www.brafa.art. Quand Du 19 au 26 juin.