Regarder par le petit bout de la lorgnette

Plus que quelques jours pour aller voir l’expo actuelle du Carrefour des arts qui fait la démonstration des travaux des quatre artistes qui y furent en résidence cette année.

Regarder par le petit bout de la lorgnette

On a tout aimé ! L'histoire tout droit sortie d'une boîte en fer de Mégane Likin. La jeune artiste l'a dégotée au marché aux puces, et son contenu, oublié là, compilait un voyage au Japon, anonyme, dans les années 60. À partir de ses clichés vaporeux, elle soutire des paysages plus mystérieux qu'évanescents.

Chez Téo Becher, les arbres tordus de la forêt de Soignes font un pied de nez aux raides lignes de circulation du Ring, qui la traverse. Camille Dufour, quant à elle, a posté au hasard ses œuvres d'art dans les boîtes aux lettres bruxelloises. Elle a offert des reproductions de ses gravures - gravures qui disent la déliquescence du monde actuel - et y a ajouté une enveloppe timbrée. Elle est ainsi entrée en contact avec les récipiendaires de ses œuvres qui parlent de leur ressenti à propos du monde dans lequel ils vivent. Le résultat de cette correspondance avec des inconnus est affiché à la fondation.

Mais on aura été surtout marquée par le travail tout personnel du jeune artiste Paul Gérard, 23 ans, sorti de La Cambre l'an passé. Lorsque le jeune homme fait son coming out alors qu'il a 15 ans, sa grand-mère lui répond tout simplement : "Comme ton grand-père." C'est le point de départ d'une immense enquête du jeune homme sur le lourd secret de son grand-père, et le nœud de son travail plastique, présenté à la fondation. Il reconstitue avec finesse les sentiments et les événements d'une intimité homosexuelle vécue de façon cachée, dans les années 60, en Belgique. Un hôtel de passe, un bar à rendez-vous, des rideaux, des draps froissés, deux verres de vin entamés, et l'évocation d'un amour impossible. L'artiste prospecte, rend plastiques la matière des sentiments et les histoires d'intime, d'un temps passé. Avec un enjeu supplémentaire : vérifier si son grand-père n'a pas été, en fait, assassiné par son amant ? À voir, encore, à la Fondation privée du Carrefour des arts, jusqu'au 26 juin.


Rue du Canal, 77, à Bruxelles. Le week-end, de 14 h à 18 h. Et visites sur rendez-vous. www.carrefourdesarts.be