Promenade dans tous les possibles de la peinture

Huitième Biennale de la peinture organisée conjointement par les trois musées de la Lys.

Entrée de l'exposition au musée Raveel avec des oeuvres de Jacques Lizène et Raveel.
Entrée de l'exposition au musée Raveel avec des oeuvres de Jacques Lizène et Raveel. ©Dirk Pauwels

Près de Gand et de Laethem-Saint-Martin, le village des expressionnistes flamands, coule la Lys. Et en été, c’est un plaisir de se balader à vélo ou à pied sur ses rives, ou de déjeuner sur l’herbe en regardant brouter en face, les vaches aux regards si apaisés.

On peut cumuler ces plaisirs avec ceux de l’art en visitant la 8e Biennale de la peinture organisée par ces trois musées (Dhondt-Dhaenens à Deurle, Raveel à Machelen et musée de Deinze) à l’architecture contemporaine, et géographiquement proches. Il y a seulement 13 km entre eux trois, le long de la Lys. Visiter les trois musées le même jour est très aisé.

Ces Biennales de la Lys confrontent quelques oeuvres anciennes venues des collections des musées, à l’art contemporain et à la découverte de jeunes talents.

Tout n’est pas d’un même intérêt. Cette année, il n’y a pas de thème unique et chaque musée présente avec un commissaire invité un regard très différent autour de la peinture.

Il est particulièrement intéressant de visiter les passionnantes expositions du Dhondt-Dhaenens et du musée Raveel, très différentes, et permettant de redécouvrir les possibilités infinies de la peinture.

Une salle du museum Dhondt-Dhaenens avec au fond le tableau d'Oscar Murillo
Une salle du museum Dhondt-Dhaenens avec au fond le tableau d'Oscar Murillo ©MDD et courtesy of the artist

Le musée Dhondt-Dhaenens a fait peau neuve, avec un sol neuf et un espace totalement lumineux. L’artiste Lili Dujourie a proposé de séparer les trois salles par deux petites rivières intérieures que le visiteur doit désormais enjamber.

Le musée a opté résolument pour l’art international le plus contemporain, avec des artistes qui ont quasi tous entre 30 et 40 ans et viennent du Sud, surtout d’Afrique. Le commissariat a été confié à Gabi Ngcobo, d’Afrique du Sud qui fut déjà commissaire en 2018 de la Biennale de Berlin et à Oscar Murillo, l’artiste colombien qui a fait une entrée tonitruante dans le monde de l’art avec ses très vastes abstractions et leurs textures très épaisses.

Ils n’ont pris qu’une oeuvre des collections du MDD: une scène de classe peinte par Jenny Montigny en 1910, placée à hauteur d’enfants, à côté de deux des « toiles » accumulées par Oscar Murillo. Chacune a été placée sur le banc d’un élève à travers le monde (il en a 40000) et est le fruit des dessins spontanés de ces enfants. Un grand tableau de Murillo lui-même montre sa peinture posée sur ces toiles d’enfants.

On peut aussi découvrir trois beaux dessins de Kerry James Marshall et les tableaux abstraits du Rwandais Francis Offman, composés d’aplats de couleurs et de zones collées à partir de papier récupérés, de couvertures de livres scolaires, de pigments souvent tirés du café, formant des références à la situation fragile des pays du Sud.`

Oscar Murillo: Détail de Disrupted Frequencies (2021) avec une toile dessinée par les enfants et sa peinture superposée.
Oscar Murillo: Détail de Disrupted Frequencies (2021) avec une toile dessinée par les enfants et sa peinture superposée. ©MDD et courtesy of the artist

La sud-africaine Donna Kukama montre une vidéo avec la reprise sur un marché africain de la célèbre escarpolette de Fragonard.

Le Zimbabwéen Mishek Masamvu et la Kenyane Chemu Ng’ok mêlent au geste expressionniste abstrait, des allusions aux tensions politiques dans leurs pays.

Méditer sur la folie

Le musée Raveel a fait un tout autre choix et propose avec Melanie Deboutte, directrice du Raveel et l'artiste Vaast Colson, comme co-commissaire, une balade dans la peinture belge depuis 120 ans en 60 tableaux reliés les uns aux autres par un aspect formel ou thématique, comme l'autoportrait ou l'oeil. Un autre thème est l'humour, avec un beau Walter Swennen parodiant le Pop Art et la banane (1986), avec Jacques Charlier et son Art sous apnée (2019), Jacques Lizène et son Entassement de toiles médiocres (1987), ou Patrick Van Caeckenbergh qui faisait enterrer en 1986 les crayons de couleurs par les six nains de l'art contemporain.

Jean Brusselmans: autoportrait 1935, 102 x 89 cm, collection privée
Jean Brusselmans: autoportrait 1935, 102 x 89 cm, collection privée ©Raveel museum

Le fil rouge des autoportraits mène le visiteur de Roger Raveel jeune à Jan Vercruysse qui se met en scène dans la pause du Personnage méditant sur la folie de Magritte. On retrouve aussi le fascinant autoportrait de Brusselmans (1935) avec la manière si curieuse avec laquelle il pose la peinture et le tableau totalement abstrait qu'il est en train de peindre. Et l'autoportrait d'Ensor faisant une gravure intitulée Mon portrait en 1960, et se montrant en cadavre (il est mort en 1949).

On découvre encore un Spilliaert peu connu de 1912, le tableau de Jan Van Imschoot au beau titre Le fin de l'avenir (1998), et une oreille coupée comme la tête de Jean Baptiste posée sur le drapeau belge, de Franky D.C. (1985). Avec aussi de beaux petits Marthe Wéry, plusieurs Raoul De Keyser, Tytgat, Bervoets, Vincent Geyskens, Magritte, ou Alice Frey, dans des riches dialogues picturaux.

Jacques Charlier: Art sous apnée, 2019, 80 x 60 cm, collection de l'artiste
Jacques Charlier: Art sous apnée, 2019, 80 x 60 cm, collection de l'artiste ©courtesy of the artist


Biennale de la peinture, jusqu’au 2 octobre, de 10 h à 17h (11 h à 17h au Raveel), fermé le lundi