La peinture de François Boisrond mise sens dessus dessous

Au Musée Paul Valéry, à Sète, face à la mer, étonnant ensemble Boisrond : d’une peinture Ripolin au numérique.

La peinture de François Boisrond mise sens dessus dessous
©ADAGP, Paris 2022

Une exposition florilège qui met la peinture de François Boisrond sens dessus dessous, tout son grand œuvre, de 1979 à 2022, exploré en fonction d’une ardeur constante à se dépasser en s’appropriant des renouveaux liés aux tangentes des arts.

Professeur aux Beaux-Arts de Paris jusqu’à il y a peu, Boisrond s’est illustré dès ses débuts, son groupe des quatre - avec Robert Combas, Hervé Di Rosa et Rémi Blanchard - ayant marqué les points déterminants de la figuration libre en France.

Tout le bas du musée explore cette période 1979-1987 riche en déboulés plastiques innovants. À peine émergé de l’École des Arts décoratifs, où il était entré en 1978, à 19 ans, pour s’y faire la main autour de la vidéo et du film d’animation, rebelle aux discours esthétiques de l’art contemporain, Boisrond se rendit compte que la peinture lui paraissait idéale pour complaire à son besoin vital d’expression.

Les tableaux de cette première époque, peints avec de la peinture acrylique industrielle de type Ripolin n’ont point de titres. De type rébus, ils déclinent des approches du quotidien farcies de symboles et d’allusions plastiques aux réalités.

Du bel ouvrage, synthétique et parlant, efficace, parfois élaboré sur du papier journal, ce qui lui confère une profondeur et une lisibilité à deux voix. L’écriture y est simple, les personnages juste profilés, façon Penck, signes et lignes, couleurs vives, figuration ramassée, un tout qui marque ses points et frappe nos rétines.

Le quotidien toujours

De 1987 à 2002, deuxième étape, Boisrond a peint la rue, du balayeur à la contractuelle, du Bicentenaire français (avec reprise de la Marianne de Buffet) à la Fiac, les panneaux publicitaires engorgeant ses toiles d’appels encore bonhommes au public.

Il trouvait dans le quotidien des sujets qui éveillaient son désir de peindre : "Tout d'un coup, un truc apparaissait qui me faisait saliver…" En chemin, Boisrond prenait des notes au polaroïd, ce qui - dit-il -, "lui permettait le décalage exigé par la transposition du réel en objet de peinture".

Jouant avec les slogans, l’appel à la liberté, le rebelle Boisrond s’imagina en peintre abstrait, un humour bien trempé agissant en filigrane de ses actions plastiques.

Après cette époque de la rue dans tous ses états, il se mit, de 1992 à 2007, à décrypter l'univers des arts à travers des transparences qui l'incitèrent, notamment, à superposer deux images parallèles. L'encyclopédie populaire Tout l'univers et, par ailleurs, des vues d'atelier lui furent sources d'exploits picturaux. François Boisrond, bel acharnement au dépassement encore et toujours, se sera à la fois mis dans la peau d'un autre - quand il peint à sa manière, décalée, Le déjeuner sur l'herbe de Manet ou, plus loin, le Gilles de Watteau transposé de trois façons, l'actualité au rendez-vous de ses facéties : Gilles au Louvre, Gilles à la Fiac, Gilles à la télé. Des tableaux à bien lire entre les lignes et les décalages, le visage à trois facettes du Gilles ajoutant sa dose d'humeur aux transpositions.

Dans la lignée, sa toile Les derniers jours de Pompéi rameute le nucléaire dans un contexte antique !

Vers la même époque, il joua au peintre qui visite des expositions. Une réflexion sur sa propre pratique agissant en appendice. Cela avant qu’il n’intègre à son travail les évolutions de la technologie numérique, une autre façon d’analyser les images. Et ceci nous convainc beaucoup moins, il faut le dire !

François Boisrond - Une Rétrospective Art contemporain Où Musée Paul Valéry, 34200 Sète 00.33.4.99.04.76.16 et www.museepaulvalery-sete.fr Quand Jusqu'au 6 novembre, du mardi au dimanche, de 10 à 18h. Nocturne le jeudi jusqu'à 22 heures.

La peinture de François Boisrond mise sens dessus dessous
©IPM

Catalogue : Coédition musée et Loubatières, 305 pages en couleur. Prix : 37 euros.