Joris Ghekiere au MuZEE à Ostende : Comment les voyages forment le peintre

Le MuZEE à Ostende fait découvrir l’oeuvre sur papier du peintre Joris Ghekiere influencé par l’Orient

Joris Ghekiere: gouache sur papier, Inde 1990-91, 56 x 77 cm
Joris Ghekiere: gouache sur papier, Inde 1990-91, 56 x 77 cm ©Estate Joris Ghekiere

Il y a un an, le MuZEE d’Ostende rouvrait ses portes, transformé. Il retrouvait, après avoir démantelé les parois intempestives, le bâtiment initial de l’architecte Gaston Eysselinck. L’autre décision radicale fut de se concentrer sur la collection du musée qui couvre l’art belge de 1880 à aujourd’hui. Seul musée belge, dit-on à Ostende, à avoir cette spécificité. Tout le bâtiment est désormais consacré à la collection avec un accrochage qui évoluera régulièrement.

Le musée vient d’inaugurer son troisième accrochage et le visiteur peut réaliser un nouveau voyage à travers l’art belge depuis 1880. Il y retrouve bien sûr quelques-uns des chefs-d’oeuvre que possède le MuZEE (Ensor, Spilliaert, Rik Wouters, Brusselmans, Permeke..), ainsi que de grandes pièces d’art contemporain belge, d’Evelyne Axell à Jacques Charlier et Lili Dujourie jusqu’à Pélagie Gbaguidi. Mais il tente aussi de nouveaux rapprochements et une mise en lumière d’oeuvres moins connues comme les dessins de poupées de Spilliaert de 1934.

L’annexe du musée où étaenit exposés auparavant les Ensor et Spilliaert et désormais consacrées aux expositions temporaires vient d’ouvrir l’exposition consacrée à l’oeuvre sur papier du peintre Joris Ghekiere (1955-2016).

Il vivait et travaillait à Klein Willebroek et laissa une oeuvre où la figuration et l’abstraction se mêlent et qui expérimentait diverses techniques que l’artiste avait rencontrées. Il était connu pour ses peintures dont on peut retrouver des exemples dans l’accrochage actuel de la collection permanente.

Joris Ghekiere au MuZEE à Ostende : Comment les voyages forment le peintre
©Estate Joris Ghekiere

Sable dans les yeux

L’exposition temporaire s’intéresse aux oeuvres sur papier très rarement montrées et en particulier aux 170 gouaches et dessins que Joris Ghekiere réalisa lors d’un voyage de plus d’un an, en 1990-1991, en Chine, Inde et Japon. Dans chaque pays, il s’est imprégné de l’art local, allant jusqu’à apprendre auprès d’un miniaturiste à Jaipur en Inde, pour chaque fois le réinterpréter dans son propre travail. Ces oeuvres sur papier montrent bien l’influence que des voyages en Orient peuvent avoir sur un artiste.

Joris Ghekiere se décrivait lui-même comme « un vagabond du désert avec du sable dans les yeux ». En 1988, il exposait ainsi son approche du voyage et de la peinture : « J'ai une bonne orientation, je suis un joueur dchecs et je veux conserver une vue d'ensemble et garder le contrôle mais, en tant que fervent voyageur, je trouve que l'absence d'orientation est bien plus intéressante. Explorer avec curiosité des régions étrangères et inconnues. »

On voit bien comment lors de ce long voyage il avait été fasciné en Chine, par les images de propagande de Mao, au Japon, par l'art séculaire de l'encre sur lavis et en Inde, par les légendes anciennes dont celle de Krishna maîtrisant le serpent Kaliya. Au retour de son périple, il avait exposé ses gouaches et encres de voyage avec ses mots: « Un an de voyages sur papier, dessins et peintures, Chine, Inde, Japon. Se promener en toute liberté précédé par mon ombre. Les chambres d'hôtel. La plage et... étaient mon atelier »

Le voyage avait réussi à ouvrir une oeuvre jusque là assez sombre. Des couleurs, des motifs firent leur apparition qu’il conserva par la suite.

Sa série de portraits de Mao surpeints, très réussie, est comme une méditation sur la force de l’icône. En Inde, il introduit des éléments figuratifs, y compris en se dessinant lui-même avec des bois de cerf sur la tête, luttant contre son image dans un miroir ou la tête en bas. Il rejoint dans cette série indienne des éléments symboliques comme en utilisaient les surréalistes et Magritte. Au Japon, il adopte une esthétique du minimum en quelques traits à l’encre noire.

L’exposition montre aussi ses carnets de voyage et ses nombreux croquis et dessins.

Joris Ghekiere au MuZEE à Ostende : Comment les voyages forment le peintre
©Estate Joris Ghekiere

Joris Ghekiere, MuZEE à Ostende, jusqu’au 27 novembre