Paul Delvaux Museum : un parcours complet et vivifiant sur le peinte

Le Musée Paul Delvaux bénéficie d’un prêt très important. D’où un nouvel éclairage sur les primes années du peintre.

Paul Delvaux Museum : un parcours complet et vivifiant sur le peinte
©Bertrand Sottiaux

Ce petit musée charmant, très complet, est le havre de paix par excellence. Un point de rendez-vous obligé.

Né à Antheit, près de Huy, en 1897, Paul Delvaux inaugura ce musée il y a 40 ans. Il s’est éteint en 1994, à Furnes.

Une toute nouvelle rétrospective y est à l’affiche ! Elle vaut le détour, car elle bénéficie d’un choix opéré dans une collection privée riche de plus de 400 pièces. Ce qui confère à l’ensemble possédé par la Fondation un luxe inestimable, le prêt portant, notamment, sur des dessins et tableaux du tout jeune Delvaux, alors encore obsédé par ses recherches picturales.

De l’aube claire…

En tablant sa mise en espace sur un extrait évocateur d'une chanson de Jacques Brel, De l'aube claire jusqu'à la fin du jour, Camille Brasseur, la directrice du musée et commissaire de la démonstration, explicite fort justement la démarche d'un artiste autodidacte qui aura puisé dans son regard et ses rêves une vision du monde qui sort avec délectation des lieux communs.

Paul Delvaux s’est peu exprimé sur sa peinture, il conviait l’amateur à pénétrer son monde pour s’y complaire sereinement. C’est aussi un bonheur de ce musée que de nous présenter, à-côtés parfois surprenants, ce qui entourait Delvaux dans sa vie courante : objets ferroviaires, maquettes de trains, bibelots… Squelettes, qu’il a tant peints.

Paul Delvaux tâtonna longtemps, de sa période du Rouge-Cloître, à Auderghem, quand il posa ses pieds dans ceux de devanciers tout à l’étude des sous-bois et d’environnements naturels, à celle de Furnes, en ses dernières années quand, devenu aveugle, il traçait encore des dessins de mémoire.

Marié à Tam après bien des péripéties, il n'eut point d'enfant. D'où ce propos de Camille Brasseur : "pour lui, chaque tableau fut le fruit d'un enfantement."

Banales, ses premières œuvres offrent l'intérêt de l'apprentissage. Puis, début années vingt, établi à Bruxelles, il prend doucement le large et le train occupe déjà ses préoccupations. Il peint Les cheminots de la Gare du Luxembourg, ses locomotives, ses ambiances, ses fumées, alias ses lumières.

On y constate combien le jeune Delvaux se nourrit de ce qu'il voit, tout en se cherchant un style personnel, au point de "se défaire progressivement d'une représentation réaliste au profit d'un rendu plus imagé".

On le découvre quelque peu rubénien dans Le tram (1925) et déjà plus souverain dans Composition avec soldats et personnages (1927), les scènes vivantes avec figures massives l'emportant sur tout convenu. Il adhéra à un certain Expressionnisme, hérité de Permeke, ses années trente s'arrogeant de belles endormies sur tableaux emplis d'envies. Bon à saisir : les nombreuses études, crayonnées ou aquarellées, qui auront précédé les peintures. Ainsi pour La Vénus endormie (1932), pour Le couple (1931). Rêveur impénitent, Delvaux se crée des univers où la magie le dispute à la clairvoyance. On peut rappeler que, s'il a peint son couple idéal en 1931, il aura dû attendre pour épouser Tam.

Ne rechignant pas à un érotisme latent, à un certain surréalisme, voir Le rêve (1935), Paul Delvaux s'acharna au rendu de la couleur, de la poésie, de la profondeur de sentiment. À partir de 1940, multipliant et brisant les perspectives, idéalisant la femme sous tous ses atours, grands yeux noirs en amande, il s'acharna à la cohabitation entre réalité et rêve, la mythologie s'en mêlant. Ce qui lui fournira matière aux nombreuses scènes à l'antique.

Cette exposition témoigne avec délicatesse d’une vie de quêtes, de félicités, de réussites poétiques.

Paul Delvaux - De l'aube claire jusqu'à la fin du jour Art moderne Où Paul Delvaux Museum, Paul Delvauxlaan, 42, 8670 Saint-Idesbald-Coxyde. www.delvauxmuseum.be et 058.52.12.29 Quand Du mardi au dimanche, de 10h30 à 17h30. Ouvert pendant les vacances scolaires et les lundis fériés. Fermé les 25/12 et 1/1.

Paul Delvaux Museum : un parcours complet et vivifiant sur le peinte
©IPM