Art contemporain : conseils pour un parcours à Paris, redevenue capitale de l'art actuel

Le succès de la foire Paris + qui remplace la FIAC est significatif de la place de Paris dans l’art actuel.

Anri Sala, image de la vidéo Time no longer à la Bourse de Commerce
Anri Sala, image de la vidéo Time no longer à la Bourse de Commerce ©D.R.

Voilà la preuve de la place (re)prise par Paris dans l’art contemporain avec un parcours qu’on peut faire actuellement dans la capitale française.

A la Bourse de commerce (collection Pinault), place à Anri Sala jusqu’au 16 janvier. Le vidéaste albanais, 48 ans, vivant en France y présente quatre vidéos (trois sur d’immenses écrans). Son très beau 1395 Days without Red (2011) montre une musicienne durant le siège de Sarajevo tentant de rejoindre un orchestre dans une cave pour y jouer la Pathétique de Tchaikovsky. À chaque carrefour, elle doit courir pour éviter les snipers. Dans la grande rotonde, son dernier film Time no longer, sur un vaste écran courbe, montre un disque tournant dans l’apesanteur pour jouer Olivier Messian et le Quatuor pour la fin du temps comme dans un futur apocalyptique où l’homme n’est plus.

Au Palais de Tokyo (jusqu’au 8 janvier, également à Lafayette anticipations), Cyprien Gaillard, 42 ans (et qui vit à Berlin), interroge les traces laissées par l’homme dans la nature, avec une vidéo spectaculaire sur les perruches dans le ciel de Düsseldorf. Devant l’écran, une sculpture émouvante de Kathe Kollwitz avec une mère protégeant ses deux enfants devant les bizarreries de notre monde. Une autre vidéo montre comment on a jeté des dizaines de wagons du métro de New York en mer pour tenter de recréer des récifs. Il revisite l’Ange du Foyer de Max Ernst (1937) en un hologramme hypnotisant. À l’entrée, en tas, les fameux cadenas d’amour qui menaçaient de faire s’effondrer le pont des Arts.

Cyprien Gaillard: un nautile, fossile vivant
Cyprien Gaillard: un nautile, fossile vivant ©D.R.

Jusqu’au 8 janvier, le Petit Palais accueille dans les galeries d’entrée et sur le parvis (accès libre) des œuvres d’Ugo Rondinone, Suisse, 57 ans. Humansky, ce sont sept hommes flottant dans la salle, peints aux couleurs du ciel et des nuages comme du Magritte. Le long des murs, assis, on découvre d’autres corps moulés, à base de cire transparente mélangée avec de la terre, prélevée sur divers continents. Ces sculptures mettent en scène des corps de danseurs et danseuses assis et au repos.

Ugo Rondinone au Petit Palais
Ugo Rondinone au Petit Palais ©D.R.

Le feu au monde

On se souvient de la forte exposition d’Adel Abdessemed au Mac’s en 2017. L’artiste né en 1973 en Algérie et qui vit en France, revient avec une vraie exposition dans les vastes nouveaux locaux de la Galleria Continua à Paris (jusqu’au 26 novembre), 87 rue du Temple. Ses œuvres fortes parlent du fracas du monde et de l’artiste face au monde en feu. Dans une grande vidéo, on voit un bateau sur la Méditerranée (cimetière des migrants) qui s’approche de nous, le bateau flambe et l’artiste est seul debout sur le pont. Son double exact porte sur son épaule un globe terrestre en feu. Interpellé par les images terribles de la guerre en Ukraine, il a réalisé un vaste polyptyque en bois brûlé avec gravée, une image des dégâts et, devant, hors de l’image, deux enfants contemplant la guerre. Il a aussi dessiné les visages des enfants fuyant la guerre.

Le musée d’Orsay à Paris présente, dans sa nef, trois œuvres monumentales de l’artiste noir américain Kehinde Wiley, né en 1977 à Los Angeles d’un père nigérian yoruba et d’une mère américaine, et qui vit et travaille à Brooklyn : une énorme peinture et deux sculptures tout aussi énormes en bronze, exaltant des morts au combat, comme on le faisait jadis pour célébrer nos héros “blancs”. Mais ici, le héros est un Noir. En 2020, à l’hôpital Saint-Jean de Bruges, on avait pu découvrir huit tableaux que Kehinde Wiley avait consacrés à Memling. Il peignit alors des jeunes Noirs des rues de Brooklyn, posant exactement comme dans les grands portraits classiques de Memling.

Rappelons aussi la formidable exposition que proposait la Fondation Cartier jusqu’au début novembre, de l’artiste aborigène d’Australie Sally Gabori morte en 2015. Elle s’était mise à peindre à 80 ans de très grands tableaux, totalement abstraits pour nous mais représentant pour elle des paysages de son enfance dans des îles du Pacifique. En huit ans, elle en peignit 2000 et acquit une grande gloire en Australie. Le choix des couleurs, la touche, l’équilibre des volumes, la dynamique interne sont superbes, nous enveloppent totalement et la rapprochent inconsciemment des grands abstraits américains.