Arts et Expos

L’Association du Patrimoine artistique veille comme elle peut sur nos bijoux de famille, et c’est heureux. En témoigne cette nouvelle, utile, surprenante et chatoyante exposition qui rassemble des tableaux d’une époque encore mal reconnue chez nous. Les peintres impliqués n’étaient pourtant pas des seconds couteaux, mais des artistes bien de leur époque qui relayaient un air du temps et des conceptions plastiques novatrices. Lesquelles furent, bien évidemment, le fait, d’abord, d’artistes français, héritiers des peintres de Barbizon et d’Edouard Manet. Un Manet qui fut un membre protecteur du cercle belge La Chrysalide, dont firent partie Vogels, Artan, Ensor et quelques autres présents ici.

Les deux collectionneurs, un Français et un Hollandais, Dr H.P. Venker et B. Barat, vivent à Amsterdam, et c’est avec une infinie patience qu’ils ont non seulement collecté quelque trois cents tableaux belges, mais aussi rendu leurs couleurs d’origine aux toiles et leur prime jeunesse aux lourds encadrements dorés typiques d’une époque révolue. Sur les murs blancs des salles, ces tableaux d’un autre âge affirment souvent une belle jeunesse, celle d’une immersion sensible et chaleureuse dans le quotidien des hommes et d’une nature particulière selon les saisons. L’art est alors aux "impressions", et ces artistes n’ont pas failli à la tendance générale.

Peintres méconnus et toiles jamais montrées au public depuis plus d’un siècle, la découverte est à saisir quand quelques toiles plus attachantes et lumineuses ou corsées de solidités s’avèrent temps forts pour diverses raisons. Nous songeons à un rayonnant Théodore Baron, "Automne en Campine", à une marine splendide d’Artan, "Marée basse à la mer du Nord par temps clair", à un délicieux bruissement de couleurs dû à Lucien Frank, "Le marché aux fleurs".

Tous les registres chers à une époque ont été exploités par nos peintres, et, très intimiste, "La liseuse" (1879), d’Edouard Agneessens, fut un joyau de la collection d’Emile Verhaeren.

Une vue de "Niewport" (1890), d’Hubert Bellis, sort à son tour du lot. Citons aussi : "Grand large", d’Isidore Verheyden, un solide Franz Courtens, "Pêcheurs de crevettes à la mer du Nord", de Jean-Baptiste Degreef, "Le bassin aux anguilles en Flandre orientale", et un tableau assez particulier d’Alexandre Marcette, "Effet de soleil sur la rivière". Voici une exposition qui a le don de raviver nos mémoires et nos sensations vis-à-vis d’un patrimoine estimable.

Trois petits tableaux d’Emile Claus, le luministe bien connu, sont ajoutés à cet ensemble. Une utile manière de valoriser le livre très séduisant, empli de pleines pages tout en couleurs et lumières que Constantin Ekonomidès lui consacre avec tact et bien à propos.

Association du Patrimoine artistique, 7, rue Charles Hanssens, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 30 mars, du jeudi au samedi, de 14h30 à 18h30. Entrée : 2 €. Infos : www.associationdupatrimoineartistique.be et 02.512.34.21

A signaler aussi : la parution d’une monographie "Emile Claus (1849-1924)", par Constantin Ekonomidès. Bibliothèque de l’Image, 112 pages en couleurs. Prix : 10 euros.