Anciennement Musée d'art contemporain, fermé au public pendant près de huit ans, le lieu dunkerquois né de la passion d'un homme pour l'art de son époque a rouvert ses portes en concordance avec l'été 2005. Rénové mais peu modifié, plus en phase avec les visions et perspectives artistiques actuelles, ce lieu s'appelle désormais le LAAC, lisez donc Lieu d'Art et Action contemporain.

Comme de nombreux musées, d'art tant ancien que contemporain, celui-ci abrite essentiellement la collection d'un homme qui s'éprit d'art contemporain aux premières lueurs des années 70 et constitua dès lors une collection, essentiellement picturale, dont il souhaita rapidement qu'elle soit accessible au public de sa ville et de sa région, Dunkerque dans le Nord-Pas de Calais.

Cet homme, Gilbert Delaine, n'est point un chevalier d'industrie à la fortune bien assurée, il est haut fonctionnaire au ministère de l'Environnement et du cadre de vie, mais il vit et travaille dans une cité portuaire en pleine expansion économique et démographique, Dunkerque, qui a de quoi se targuer d'être à la pointe des techniques industrielles. Il souhaite agir dans le sens de la décentralisation. Un vrai pionnier qui, à la force de sa volonté, va devancer de près de dix ans l'action des Frac! Dès 1974, il fonde l'Association pour l'Art contemporain et met en place les ressorts afin de constituer une collection: il s'appuie à la fois sur le loi Malraux et sur une soixantaine d'entreprises de la région. Et ce projet va d'emblée de pair avec celui de la construction d'un musée d'art contemporain.

Choix d'un site

Pour associer l'image de la prospérité par l'économie, les loisirs et la culture, le site choisi sera à la fois proche des activités portuaires et de la plage. Une manière d'intégrer la culture dans les activités de tous. L'idée est généreuse et la Ville crée en bordure de ces lieux, le litoral d'un côté, les grues et les pétroliers de l'autre, un grand parc de sculpture, vallonné, arboré, comprenant des plans d'eau et au centre duquel sera implanté le musée.

Il est fait appel à l'architecte Jean Willerval qui conçoit un bâtiment très particulier, de trois étages, plutôt étendu, dont les salles carrées sont articulées autour d'un puits de lumière central. Cette construction, de 5200m de superficie, de conception moderne, entièrement blanche vue de l'extérieure, aux formes géométriques carrées ou angulaires, se veut à la fois contemporaine et rappel des fortifications anciennes. Ce bâtiment original n'est pas, il faut le reconnaître, le plus fonctionnel qui soit, mais son inscription dans le site est assez remarquable.

Pour accéder au bâtiment, on traversse à pied le jardin de sculptures de quatre hectares où l'on croise au détour d'un sentier un Arman, des Lalanne, un arc de Bernar Venet, un animal ultra-coloré de Karel Appel..., où du sommet de quelques monticules on découvre l'environnement alors que le musée est situé en contre-bas, partiellement entouré d'eau.

Réaménagement

Inauguré en décembre 1982, le musée connaît un succès retentissant, mais la conjoncture économique se dégrade, la crise surgit et le bâtiment lui-même révèle des failles de réalisation. Après le transfert des collections en 1994, une reconversion temporaire, l'édifice est fermé en 1997, pour travaux de rénovation.

Il vient juste de rouvrir, relooké par Benoît Grafteaux & Richard Klein. Au rez-de-chaussée, l'espace principal, tout de carrelage blanc, est entouré de gradins: il doit être multifonctionnel et donc servir pour des débats, conférences, présentations scéniques, des performances... Autour, l'accueil, les espaces administratifs, les rangements, un auditorium de 60 places pour les projections et une cafétéria en self-service avec un juke-box permettant d'écouter la musiques des années 1950- 1980, et un espace jeunes avec matériel multimédia.

A l'étage, huit grandes salles carrées sont disposées autour de la mezzanine, chacune accueillant un ensemble d'oeuvres réparties thématiquement, l'une étant réservée aux aspects documentaires liés à la ville et au musée. Au second, l'espace plus restreint et ouvert est désormais réservé à une présentation des oeuvres graphiques, tant aux cimaises qu'en un mobilier avec vitrines et tiroirs accessibles à tous: pratique et sécurisé. Un coin est aménagé en salon de documentation interactif doté de plusieurs postes informatiques reliés au réseau interne et externe du musée.

Reconversion

Dans un contexte totalement différent: présence du Frac et d'autres lieux voués à l'art contemporain, le musée conservera désormais son caractère d'origine et trouvera ainsi une place distinctive. La collection couvre la période de 1950 à 1980, soit une période qui aujourd'hui est quelque peu laissée dans l'ombre. L'activité du musée s'articulera autour de la collection et donc de cette période, tant en expositions temporaires qu'en activités ponctuelles: confrérences, rencontres, films... On notera que des collaborations sont prévues avec le Smak, le Muhka et le MAC's.

Actuellement les sept salles proposent un aperçu des collections à travers des oeuvres généralement d'excellente qualité et significatives de l'art principalement français et européen de l'époque. Ainsi pour l'abstraction de tendance lyrique, on retiendra le Debré de 1959/60, le superbe triptyque de Joan Mitchell, des Hartung, un Sam Francis majeur, deux Pierre Soulage de toute beauté. Cobra est surtout aux mains de Karel Appel avec ses sculptures peintes du Cirque et un étonnant «Animal blessé» de 1970, mais on aurait tord de bouder le Dotremont, l'Alechinsky, le petit mais magnifique Jorn d'une exemplaire vitalité, même le Lindström! Une expansion de César est de premier choix, et voici les Arman, Ben, Niki de Saint Phalle, alors que la Figuration narrative est signé par les Erro, Télémaque, Rancillac, Fromanger ou Monory, mais aussi Stampfli et Klassen. On sera sans doute moins sensible aux expressions de la figuration traditionnelle, mais un Dodeigne ou un Pignon ne sont pas à négliger; par contre Supports/Surfaces est riche avec les Viallat, Meurice, Pagès, Jaccard, Dolla, tout comme la part géométrique avec Vasarely, Morellet ou Calos... Aujourd'hui la Ville a réamorcé une politique d'achat pour compléter les collections dont la visite est un fructueux rappel ou une découverte pour les plus jeunes.

Et pour conclure il faut souligner une initiative qui devrait être suivie par toutes nos institutions: les inscriptions, les commentaires, les publications, sont trilingues, voire quadrilingues. Cela s'appelle le respect des publics.

LAAC, Jardin de sculptures, Dunkerque. Ouvert de 14 à 18h, jeudi jusqu'à 20h30, samedi et dimanche également de 10 à 12h. Fermé lundi. Accès en voiture fléché.

Tél. +33-(0)3.28.29.56.00,

E-mailart.contemporain@ville-dunkerque.fr

Plusieurs expositions temporaires sont organisées cet été par le Frac en divers lieux. Infos: Webwww.fracnordpdc.asso.fr

© La Libre Belgique 2005