Nouveau lieu privé d’art contemporain à Paris, créé par la styliste et grande collectionneuse.

Après les fondations Vuitton, Cartier, Lafayette et bientôt Pinault à la Bourse, voilà la Fab de la styliste et collectionneuse Agnès b. Elle a choisi de s’installer aux marges, dans le 13e arrondissement, « dans un Paris jeune, bouillonnant et plein d’avenir», dit-elle, près de la BNF, la bibliothèque Mitterrand de Dominique Perrault.

Beau hasard, elle s’est implantée place Jean-Michel Basquiat, un artiste dont elle a commencé à acheter des oeuvres en 1985 trois ans avant sa mort.

Elle y occupe dans une immeuble qui abrite par ailleurs des logements sociaux, 1400m2 dont 600 m2 d’expos, sa « galerie du jour » où elle montre et vend des artistes émergents, sa librairie et y évoque aussi les actions solidaires et environnementales portées par Agnès b.

Agnès b. (Agnès Troublé), 78 ans, 16 petits-enfants, 3 arrière petits-enfants, la styliste aux 300 boutiques dans le monde, est une femme engagée, de gauche, qui dit qu’elle n'aime pas le monde de la mode et le people. Dans le débat sur les retraites, elle dénonce ainsi les oublis: "Les femmes de ménage, personne n'en parle, sans parler de toutes sortes d'artistes, qui n'ont aucun point. Qui les défend?"

Basquiat

A la Fab, elle y proposera des expos de sa riche collection de 5000 oeuvres commencée il y a près de 40 ans. En 2017, on en avait vu un grand échantillon à la Collection Lambert à Avignon. On y remarquait l’importance de l’Afrique avec une grande ville maquette de Kinguelez, des photographies magiques de Malick Sidibé et Seydou Keita, des séries de petits dessins de Bruly Bouabré, des tableaux de Chéri Samba et Marthine Tayou. La collection est aussi très riche en photographies historiques (Beatrice Abbott, Helen Levitt, Kertész, Alvarez Bravo, Molinier, Brassaï) et contemporaines (Roger Ballen, Nan Goldin). Son éclectisme peut lui faire acheter Donald Judd comme Banksy (elle est fan de graffiti). On y trouve des tableaux de Simon Hantaï, de Basquiat, des portraits peints par Claire Tabouret. Des vidéos dont celle si tragique et belle de la guatémaltèque Regina José Galindo, trempant ses pieds nus dans le sang pour mieux inscrire ses traces devant les immeubles officiels de sa ville.

C'est la création libre qui la branche, et elle a intitulé son premier accrochage à la Fab, La hardiesse, celle qu’elle porte en elle pour créer, s’engager., « oser sans être tout à fait sûr » dit-elle. « Ce qui m’a toujours plu, étonnée, chez les artistes c’était ce courage d’être différent, d’apporter quelque chose qu’on n’a jamais encore vu » dit-elle au Monde. « Je ne peux pas séparer l’émotion spirituelle et artistique. Pour moi tout est lié, tout ce que nous procure l’humain dans ce qu’il peut faire de bouleversant.»

Elle montre à cette première expo, 150 oeuvres avec Basquiat, Warhol, Claude Lévêque, Louise Bourgeois, Tracey Emin, Nan Goldin, Gilbert & Georges…

La Fab, place Jean-Michel Basquiat, Paris, du mardi au samedi