à Rome

C’est à une collaboration de l’institution romaine, dépoussiérée et nettement plus attrayante qu’auparavant, avec la collection Verbund de Vienne, que l’on doit une initiative qui met idéalement en valeur la création plastique et visuelle féminine des quarante dernières années.

La disposition des œuvres aux cimaises et la présentation des vidéos selon un design impeccable et uniforme donnent d’emblée l’envie d’en savoir plus sur un accrochage qui joue sa carte majeure sur une profusion d’images en noir et blanc sur murs blancs. Les ajouts chromatiques de deux ou trois artistes apparaissent en valeurs ajoutées, mais non indispensables, tant la tenue de l’ensemble crée l’impact. Un impact que la qualité des intervenantes rend immédiatement solide et déterminant.

Utilisé pour la première fois, le terme d’avant-garde féministe n’est pas anodin. Il implique des femmes qui ont voulu, à travers leur expression esthétique forte et directe, dénoncer une "image de la femme" qui, jusque-là, avait été dictée par des hommes plus enclins à leurs fantasmes et stéréotypes qu’à une défense et illustration en profondeur de leurs compagnes et des vrais rôles qui pouvaient être les leurs dans une société plus égalitaire.

Ici, des femmes extériorisent leurs ressentiments, leurs revendications et, tout simplement, leur dignité, leur humour, au travers de photographies, de films, de vidéos, ces derniers supports avalisant quelques performances. Pour affirmer la radicalité du propos, la peinture a été exclue de la démonstration.

Elles sont dix-sept, américaines pour la plupart, à assurer un combat pour le droit de la femme de montrer elle-même de quel bois elle se chauffe, ce qu’elle est et entend être ou ne pas être. Bel emblème, la présence la plus importante est signée Cindy Sherman, née en 1954 à Denver, qui occupe plusieurs murs avec des photos souvent bien connues, mais qu’il est intéressant de retrouver groupées, en pareille compagnie. La vingtaine de tirages récents de sa série des "Bus Riders", datée de 1976, témoigne de son souci de percer l’identité des gens, blancs ou noirs, de face ou de profil, à travers des attitudes qui ne sont jamais clichées. De même lorsqu’elle saisit, avec la série "Murder Mystery People", la bouille de gens aussi divers que la journaliste, la fille du défunt, la servante, l’actrice ou le détective, on constate à quel point elle a voulu authentifier l’attitude convenue qui peut coller à la peau d’individus typés malgré eux.

Eleanor Antin (New York, 1935) intervient avec une vidéo, "The King" (1972), dans laquelle une femme pastiche astucieusement l’homme fier de lui, de sa barbe et de sa moustache ou, dans une autre, fier d’être ce qu’il est en toute circonstance. Alors que Martha Wilson (Pennesylvanie, 1947) se caricature elle-même en maîtresse de maison, mère du ciel, lesbienne ou mannequin, Francesca Woodman (Denver 1958 - New York, 1981), la joue plus désespérée, face au miroir.

Agressive, Hannat Wilke (New York, 1940 - Houston, 1993) se montre à nous le doigt autour des lèvres pour se déformer sans fin le visage en des attitudes de rébellion, envers elle-même et les autres?

Captivante et, pour une fois, sonore, la vidéo de Nil Yalter (Le Caire, 1939), intitulée "La femme sans tête ou la danse du ventre" (1974), dénonce, sur fond de musique arabe, le pouvoir ancestral de l’homme par un faisceau de mots vérités tracés sur ventre et sexe.

Des photos et vidéos de Suzanne Lacy et Leslie Lobowitz, nées en 1946 et 1945, ravivent le souvenir du "Monstre d’Hollywood" qui, dans les années septante, avait terrorisé la gent féminine. Occupant toute une salle, Renate Bertlmann (Vienne, 1943), témoigne, à l’aide de photos et dessins, de l’importance du sexe entre l’homme et la femme, alors que Birgit Jürgenssen (Vienne, 1949 - 2003) en appelle à la mort immanente dans "La danse avec la mort" mais aussi à la femme devenue cuisinière malgré elle dans "Housewives Kitchen Apron", un diptyque de 1975. Une expo conscience.

Galleria nazionale d’Arte Moderna, viale delle Belle Arti 131, Rome. Jusqu’au 16 mai, du mardi au dim. de 8h30 à 19h30. Très beau catalogue documenté.

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