Chapelier fou, dialogues sans queue ni tête, univers défiant les règles physiques. Pour sa réouverture, le V&A Museum de Londres propose aux visiteurs en perte de repères après une absurde année de pandémie de se confronter à l’univers psychédélique d’Alice au pays des merveilles. Plus de 150 ans après, ce chef-d’œuvre de la littérature britannique publié en 1865 par Lewis Carroll continue de faire rêver et d’inspirer les artistes. Dans une exposition mêlant costumes de théâtre, extraits de films, photos, caricatures, manuscrits originaux et installations diverses, le Victoria and Albert Museum explore "les origines, les adaptations et les réinventions" de cette histoire devenue mythique.

Dès l’entrée, le visiteur est mis dans le bain : pour accéder à "Alice : curiouser and curiouser " ( "Alice : de plus en plus bizarre" ), il plonge dans un sombre escalier fléché dans tous les sens, figurant la chute de l’héroïne dans le terrier du lapin en retard, afin d’accéder au sous-sol tamisé du musée. L’y attend une expérience immersive, mêlant effets sonores et visuels, avec une scénographie très poussée des différentes sections.

Les musées anglais sortent tout juste depuis lundi d’un long sommeil forcé par la pandémie de coronavirus, qui a fait près de 128 000 morts au Royaume-Uni.

Au V&A Museum, masques, gel hydroalcoolique et distanciation sont de mise. Un nettoyage régulier des stands interactifs, comme celui où l’on peut jouer en réalité virtuelle au croquet contre la Reine de cœur, est prévu.

"En ce moment, nous nous sentons tous un peu fatigués, blasés, en manque d’inspiration", explique la commissaire de l’exposition à l’AFP, voyant dans l’univers créatif d’Alice un remède possible, grâce à "son énorme élan d’optimisme et de détermination". Face à la pandémie, "nous pouvons tous nous inspirer du parcours d’Alice, de son entêtement et de son désir de surmonter des circonstances très difficiles", ajoute-t-elle. D’autant plus "qu’en ce moment on a clairement l’impression de vivre dans un monde de fous, tout est sens dessus dessous", plaisante-t-elle, ce qui permet de "complètement s’identifier à cette espèce de déplacement" qu’opère l’œuvre de Lewis Carroll.

© AFP

Symbole d’émancipation

Découpée en cinq parties, l’exposition s’intéresse d’abord aux origines du roman et à l’influence de la société victorienne sur son univers, avant d’aborder les adaptations cinématographiques d’Alice. On y retrouve évidemment des extraits du célébrissime dessin animé de Walt Disney et du film de Tim Burton, mais aussi le premier film muet consacré à l’héroïne, ainsi que pléthore de dessins animés japonais qu’elle a inspirés. Les trois dernières sections s’intéressent respectivement à l’influence du personnage sur le surréalisme et les années 1960 - présentant une édition originale du classique illustré par Dali -, à la transposition de ce mythe dans des ballets et pièces de théâtre, avant d’aborder "la fascination contemporaine" pour Alice, via de multiples réinventions.

L’exposition "tente de répondre" à l’"impossible" question d’expliquer pourquoi Alice continue autant à inspirer après plus d’un siècle, explique Mme Reed. "C’est dû en grande partie au caractère très fort de l’héroïne", estime-t-elle, louant "l’incroyable détermination, le courage" du personnage devenu "iconique".

Alice "est assez forte pour s’opposer à l’autorité et se battre pour la justice", ajoute-t-elle. Dans son œuvre préférée, le programme d’un spectacle donné par les Suffragettes à travers le Royaume-Uni, ces militantes revisitent le personnage d’Alice pour convaincre les femmes de réclamer le droit de vote. Pour Harriet Reed, "Alice est le symbole de l’émancipation et de la puissance féminines". (AFP)