Bien qu’excentrée, La Châtaigneraie de Flémalle fait partie des lieux du "in" de la Biennale de Liège. A vrai dire, au vu de la double exposition qui s’y tient, cela vaut la peine de parcourir les quelques kilomètres de banlieue industrielle qui la séparent du centre-ville. En effet, on ressort rassasié par ces deux propositions qui ont en commun d’avoir été portées par le collectif Out of Focus. La première est le résultat d’un classique "regards croisés" entre jeunes de Liège et de Port-au-Prince. En l’occurrence à propos de l’amour puisque c’est là le fil rouge du BIP cette année.

Si en général il y a lieu de se méfier des animations culturelles photographiques souvent trop complaisantes vis-à-vis de résultats médiocres, cet "Amour au pluriel" coordonné par le collectif dans des maisons de jeunes des deux côtés de l’Atlantique réserve de réelles bonnes surprises. Pas d’images gnangnan ni de coups de bol isolés ici, mais bien de vraies séries assumées et de bon niveau qui attestent plus d’une sensibilité commune à la jeunesse que de différences culturelles. C’est léger, joyeux et cela donne plutôt de l’espoir.

Sous l’intitulé "Adoration", les cinq photographes d’Out of Focus proposent d’autre part chacun un travail en rapport avec la religion. Un thème, cinq regards et une évidence : ce collectif est arrivé à la maturité photographique. Ce n’était pas gagné d’avance pour ces jeunes gens formés en dehors de la culture du métier. Mais la volonté et l’intelligence y ont pallié, cette exposition en témoigne, pour chacun d’eux. Avec ses images frontales de grottes de Lourdes disséminées en Belgique Thomas Vanden Driessche adopte un profil minimaliste adéquat. Le constat visuel suffit en effet à nous faire prendre conscience d’un état d’esprit du catholicisme triomphant. Où le kitsch succède au baroque pour subjuguer les foules

La même position frontale de Thomas Freteur pour nous montrer les églises d’Haïti à l’heure de l’office donne un résultat tout aussi approprié bien que très différent. Les images toutes prises entre chien et loup font surtout ressentir l’ambiance accueillante au seuil de ces lieux de cultes. C’est simple et imparable. On en dira autant du travail en noir et blanc de Colin Delfosse sur l’Eglise chrétienne Union du Saint-Esprit au Congo avec ses formidables images d’une réalité peu connue. Un cran au-dessus de son courageux reportage sur les élections dans ce même pays.

Très beau reportage également d’Alice Smeets sur la sorcellerie aujourd’hui. Le sujet est inattendu et son traitement, entre humour et empathie donne envie d’en savoir plus. Quant au travail au long cours de Pauline Beugnies sur les Sœurs musulmanes, comme déjà signalé dans cette chronique ("LLC" du 18/1/2012), il n’est pas loin de pouvoir être édité en bouquin. Une fameuse contribution à la compréhension de cette "génération Tahrir" qu’elle tente par ailleurs de faire comprendre à travers la constitution d’un web-documentaire (1).

En somme, des sujets intéressants présentés succinctement et développés par des séries photographiques de qualité. Que demander de plus ?

(1) Projet financé par "Kisskissbankbank". Voir http://www.kisskissbankbank.com/ projects/generation-tahrir

"Adoration", photographies de Out of Focus (Alice Smeets, Thomas Freteur, Pauline Beugnies, Colin Delfosse et Thomas Vanden Driessche). Biennale de Liège 2012. A La Châtaigneraie, 19, chaussée de Ramioul, à Flémalle. Jusqu’au 6 mai, mardi de 14 à 17h, mercredi, vendredi, samedi et dimanche de 14 à 18h. Infos : www.cwac.be