Le Muhka, musée d’art contemporain d’Anvers, a pris la bonne habitude de présenter régulièrement des expositions basées sur les œuvres de sa collection. Rien ne justifie qu’un musée constitue une collection si c’est pour la laisser en permanence dans les réserves. Acquérir, gérer, conserver et présenter ces œuvres représente l’une des missions muséales principales dans le but de fonder un patrimoine pour les générations actuelles et à venir.

Pour célébrer les vingt-cinq ans de cette collection, le musée a édité un nouveau catalogue et réalisé une expo sélective qui a cependant l’ambition de tracer une ligne de conduite par laquelle s’expliquent les achats, les dons, les dépôts à long terme. Dès le départ, il a été décidé que la collection porterait essentiellement sur les avant-gardes à partir de la fin des années soixante sur la base d’œuvres acquises par la Fondation Gordon Matta-Clark, liées à son projet "Office baroque" malheureusement détruit, présenté néanmoins en maquette et photographies.

Démarches novatrices

L’exposition anniversaire qui se déploie sur deux étages de l’institution livre, comme son titre l’indique, le caractère de la collection, les pièces retenues ayant été choisies en fonction de l’orientation déterminée à l’origine. Les grandes lignes qui apparaissent sont d’une part de privilégier les œuvres et démarches considérées comme novatrices et spécifiques à une époque, de l’autre l’internationalisation dans laquelle s’insèrent les œuvres d’artistes belges, principalement du Nord du pays, dont une partie ont acquis une réputation et renommée hors des frontières. La tenue globale de l’exposition répond en effet à ces critères et trace dès lors à travers ce prisme une histoire des arts visuels des quarante-cinq dernières années. On n’y recherchera pas l’exhaustivité, plutôt une suite de jalons qui témoignent des activités avant-gardistes en Belgique, particulièrement à Anvers, et de l’attention portée aux personnalités et courants artistiques internationaux de pointe, durant cette période.

Ces croisements constants dans la présentation visent à effacer toute hiérarchie entre le régional, le national et l’international, ce qui peut se concevoir sur un plan informatif et historique mais ne se justifie pas à tous les coups au niveau de l’intérêt réel de certaines œuvres passées au crible du temps. L’une des questions qui se posent au fil de la visite est celle du maintien de la pertinence aujourd’hui, partant du vieillissement et de l’effet daté. A cette épreuve la novation se heurte régulièrement à ses limites.

Parcours multiples

Le dispositif choisi pour cette vaste expo n’est pas chronologique mais thématique selon quatre axes qui s’entrecroisent dans les différentes salles, ce qui a pour effet de brouiller les repères temporels et finalement de focaliser l’attention sur les œuvres elles-mêmes considérées dans un contexte à bien saisir dans le petit guide, car elles ne sont pas groupées par thème. La lecture reste donc ouverte ! Pour le pan Architecture et nature, ont été retenues entre autres des pièces de Jef Geys, de Mark Dion, de Luc Deleu ; dans Humour et tragique, on croise les "Madames" de Ria Pacquée, des films de Robert Filiou, et le chalet de Guillaume Bijl; sur le plan International, voici une série de Marlène Dumas, une installation vidéo de Yang Fudong et d’autres d’Alfredo Jaar ou Mark Manders, quant aux Belges repris on compte Luc Tuymans, Koen van den Broek, Jacques Lizène, Vaast Colson, Lili Dujourie…

Ce ne sont là que quelques échantillons dans un foisonnement disparate qui montre avant tout la diversité de l’art, de ses moyens, de ses préoccupations, avec cependant une focalisation prépondérante, et donc caractéristique de la collection, sur les aspects sociaux, sociétaux et humains.

La collection en tant que caractère. Muhka, Musée d’Art contemporain, Leuvenstraat, 32, Anvers. Jusqu’au 6 octobre 2013. Du mardi au dimanche de 11h à 18h, jeudi jusqu’à 21h.

Conjointement : Vrielynck Collectie #3. David Blair. Le lieu télépathique extrait de "The Telepatic Motion Picture of the Lost Tribes". Jusqu’au 8 septembre.

En permanence sur la terrasse : "Skyspace", James Turrell. L’œuvre a été restaurée.