Mardi, pour la Fête nationale, un très grand dessin réaliste au fusain, sur toile, sera inauguré dans le hall de Brussels Airport, noir et blanc, de 4 m de long sur 3 m de haut, comme un story-board de film.

Rinus Van de Velde s’y met fictivement en scène avec tout autour du dessin, un texte qui fait partie du dessin. Une oeuvre pérenne et très belle.

On y voit une femme à cheval, de dos, sur un chemin, dans un paysage de montagne passant un col: « Je suis parti d’une photographie d’un ami prise en Géorgie » nous dit-il. Une oeuvre directement inspirée par la crise du coronavirus et destinée à ce lieu des départs et des arrivées du monde entier.

« Je me suis dit comment penser le monde dans ces moments ? J’aime créer des univers imaginaires par des expériences de pensée. Ici, la femme sur son cheval est comme toujours dans mon travail mon alter ego, mon autoportrait imaginaire. Je me montre en femme pour prendre encore plus de distance avec moi-même . »

Un texte joint

Comme toujours dans ses grands dessins, un texte en anglais, écrit tout autour, en éclaire le sens. Ici, il parle du voyage, de résilience après l’isolement du Covid, des liens nécessaires entre les gens, des voyages au-delà des

frontières. On y lit : « Rassembler les gens, franchir les frontières, être flexible et mobile et créer un nouvel ordre du monde adapté à l'époque dans laquelle nous vivions en ce moment, c’était ce dont il parlait constamment. Ses monologues étaient remplis de faits historiques comme preuve de ses idées. Pour me convaincre de sa pensée, il m'a parlé d'une expression universelle qui dit: si vous voulez aller vite, allez seul, si vous voulez aller loin, voyagez ensemble. Au moins, si je m'en souvenais bien après avoir passé une grande partie de mes jours dans un isolement total. »

Né en 1983 à Louvain, Rinus Van de Velde vit et travaille à Anvers. Son atelier et sa maison où il vit avec ses jumeaux de 4 ans, ne font qu’un. Il est un fabuleux dessinateur et conteur représenté par la galerie anversoise Tim Van Laere. Il réalise d'immenses fusains, des scénographies impliquant des personnes dans des situations de vie commentées en écriture sous chaque réalisation. L’artiste nous fait, de la sorte, entrer dans l’intimité d’un récit bien vivant.

Sa personnalité ajoute à son aura, surtout en Flandre où il est une star. Son physique à la James Dean en a fait un modèle pour les campagnes publicitaires de Dior hommes et Paul Smith.

En se mettant en scène dans chacun de ses dessins, il fait le contraire de l’autoportrait. Il disparaît derrière l’histoire qu’il raconte, il devient l’autre. Toute son œuvre se transforme alors en une autobiographie fictive.

« Je crois en la Belgique »

« Ce dessin est une commande de Bozar. A la suggestion du Palais royal, mais c’est surtout pour moi une demande pour la Fête nationale. Je me sens plus belge, européen, voire mondial que simplement flamand. Je crois à la Belgique et aux liens entre les régions. L’aéroport national est un symbole de l’ouverture nécessaire. Il reste trop de frontières

y compris en Belgique, entre les artistes des différentes régions. »

Pour préparer cette « fresque », il a longuement cherché la bonne photo et dessiné durant deux semaines.

A côté de son travail le plus connu de dessinateur, il est aussi sculpteur, créateur d’installations, de céramiques et réalisateur de films.

«Le dessin est ce qui m’a toujours fasciné. Walter Benjamin disait que le dessin est horizontal comme un plan du monde et cela me plait cette idée d’un plan pour tracer mon chemin. Pour lui, la peinture est, au contraire, verticale, elle est une fenêtre sur le monde qu’on peut travailler sans jamais arriver au bout. Quand j’ai commencé le travail au fusain, il y a 15 ans, c’était un art sous-estimé, marginal. Depuis, cela a changé et mes formats de plus en plus grands ont donné aux dessins leur autonomie et leur force face à la peinture. »

Rappelons qu’à la suggestion du Palais royal, Bozar a invité encore trois autres artistes à réaliser des oeuvres murales dans d’autres lieux emblématiques : Dema, entouré de dix jeunes de son atelier de Molembeek, réalisera une fresque, intitulée Diversity is Power, sur la façade de Bozar. Zenith (Matthias Schoenaerts) et El Nino 76 feront de même à Anvers et Charleroi.