Arts et Expos

Caroline et Maurice Verbaet ont eu du flair. Ils ont aussi le goût des rapprochements utiles et la mise en place au Musée d’Ixelles est heureuse à cet égard. Ils ont, par ailleurs, brossé large et si le courant animiste, par exemple, semble leur avoir échappé, un grand pan de notre histoire artistique moderne dévoile, avec eux, des charmes extrêmes. C’est bien ce que l’on attend d’une bonne exposition et d’une collection capable de vous émoustiller.

Surprises, rencontres, révélations, découvertes. On ne s’ennuie pas un seul instant en contemplant les pièces engrangées par un couple de fins limiers. La complicité, en outre, entre Michel Draguet, le commissaire, et les Verbaet confère à l’ensemble des allures de connivences jusqu’entre les tableaux eux-mêmes, tant, au rez-de-chaussée surtout, le plaisir de l’œil s’y repaît-il d’interférences fécondes entre des créateurs parfois même aux antipodes l’un de l’autre.

Verbaet avoue avoir acheté sur des coups de cœur, en fonction de ses moyens et des offres, en des temps - début des années septante - où il fallait encore faire preuve de lucidité pour dénicher les pièces enviables là où elles se trouvaient. Et cet amour de l’art transparaît dans des choix qui sont d’évidence tout sauf anodins. De belle qualité aussi, ce qui n’est pas forcément évident. L’œil compte, et comment, en ces cas-là.

Plus curieux, le même Verbaet n’accroche pas son patrimoine chez lui, partant du principe que ce serait irrespectueux de condamner d’aussi précieux témoignages de la créativité à n’être que décor sur murs blancs pour salons bourgeois. Et voilà qui interpelle et rend plus attirante encore son ambition d’ouvrir prochainement un vaste centre d’art à Anvers.

S’y dévoilera, selon les thèmes, époques, mouvements et mises en exergue particulières, une collection dont on n’a sans doute pas fini de parler. D’autant que Verbaet détient aussi, exception française à sa règle d’or belge, un important fonds Jean Rustin. La liberté des coups de cœur est donc le moteur, le garant, d’une collection et, dans ce cas-ci, d’un accrochage alliant le chic de somptueuses découvertes à celui d’un cheminement entre les œuvres qui prend vite des allures de route buissonnière. Les décennies, les genres, les personnalités s’imbriquant adéquatement selon une logique de potache.

"Ni objectivité, ni exhaustivité, ni rationalisme comme dans un musée, mais de la partialité. Un parcours hors repères chronologiques, stylistiques, thématiques. Un parcours atypique de confrontations visuelles et de rapprochements plastiques inattendus."

Comment ne pas souscrire à une profession de foi aussi intime et plaisante, puisque rare et lucide ! C’est tout guilleret qu’ainsi l’on chemine en privilégiant, au passage, telle peinture ou sculpture, tel échange de bons procédés entre artistes pas forcément amis.

Les abstraits dits "construits" sont à l’honneur au départ : Luc Peire et ses rigueurs verticales, Mendelson ou Maes. Puis, surprise du chef, du Schmalzigaug, répété à plusieurs reprises et pourtant rude à trouver. Notre seul Futuriste ! Pas de Vantongerloo ? Nous ne nous souvenons plus, et cela importe peu. Ici seul l’ensemble compte avec, certes, ses temps forts. Rassembler Brusselmans, Vanriet et Spilliaert, de l’inusité et qui fonctionne. Comme, au pays des squelettes, Fabre, Ensor et Guiette. Le signe et le geste, chers à nos histoires, avouent de belles parentés entre Dotremont, Michaux, Alechinsky, Vandercam, Wyckaert quand, sur la scène, immense, majestueuse, flamboyante, rouge de rouge, nonobstant noir et blanc, "Passerelle I" d’Alechinsky, de 1986, enflamme en apothéose une partie qui réserve bien d’autres émotions encore et quelques fameux Mortier de belle engeance.

Musée d’Ixelles, 71 rue Van Volsem, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 20 janvier, du mardi au dimanche, de 9h30 à 17h. Livre magnifique tout en couleurs, 220 pages, Ed. Racine. Infos : www.museedixelles.be