Bruxelles a son musée d'Orsay

Guy Duplat Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Sans vouloir comparer, bien entendu, ce nouveau musée à celui si riche d’Orsay, à Paris, c’est bien le même choix : montrer l’art du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Et montrer les grandes richesses du musée des Beaux-Arts et de l’art en Belgique à cette époque.

Le visiteur entre dans ce nouveau musée par le niveau - 5 de l’ancien musée d’Art moderne, et en ressort au - 8 pour prendre l’ascenseur. L’architecture de Roger Bastin a dû être modifiée quelque peu. Le puits de lumière qui éclairait les œuvres d’art moderne est largement occulté.

Aux trésors du musée, se sont jointes des pièces prêtées par d’autres institutions : on trouvera par exemple, au - 7, une section montée avec la Monnaie sur l’opéra à cette époque avec des enregistrements anciens et des maquettes. Plus loin, le musée du Cinquantenaire prête une partie de sa collection de photographies anciennes. La Bibliothèque royale a des vitrines pour y montrer des documents rares sur la littérature à cette époque. La Cinematek projette au -8, des petits films du début du XXe siècle. La banque Belfius collabore aussi en prêtant au musée une douzaine d’œuvres de sa riche collection.

Des écrans tactiles interactifs permettent de voyager littéralement dans les grandes architectures de l’époque, comme la villa Bloemenwerf d’Henry van de Velde.

Mais l’essentiel reste le redéploiement d’une partie des collections autour d’une thématique. Le point de départ est la constatation que Bruxelles fut au début du XXe siècle la capitale de la deuxième puissance économique du monde et le siège de deux mouvements importants de l’art : le salon des XX (1883-1894) et La Libre esthétique (1894-1914), mouvements déjà commencés en 1868 avec la Société libre des Beaux-Arts qui incarnait l’avant-garde avec Rops, Stevens, etc.

Bruxelles fut alors le cœur d’une modernité qui essaimera partout, dans l’art avec Ensor, Khnopff, Spilliaert, l’architecture avec Horta et van de Velde, la littérature avec Verhaeren et Maeterlinck, la musique avec Lekeu.

Le roi Ensor

C’est l’articulation entre ces changements, dans ces disciplines, qui est au centre du futur musée. Cette époque fut, comme ailleurs en Europe, une époque de redéfinition de l’art moderne, quand on croyait pouvoir transformer l’avenir en travaillant sur le présent, en se voulant une avant-garde.

Le directeur, Michel Draguet, voit ce musée comme une première étape d’un récit qu’il espère pouvoir continuer en installant les collections d’Art moderne d’après 1914, actuellement invisibles, dans l’ex-Vanderboght. Le "Fin-de-Siècle" veut montrer comment cette époque préfigure tout le XXe siècle et comment Bruxelles en fut le centre.

Le parcours débute donc à l’étage - 5 par "La société libre des Beaux-Arts et le réalisme". Une entrée en matière un peu sombre, plus difficile car peu riche en noms célèbres pouvant attirer le public. On y joint les débuts de la photographie. Mais au fil du parcours, on peut découvrir des artistes comme Louis Dubois dont "Les Cigognes" annoncent le symbolisme, les peintures de Guillaume Vogels, les beaux Alfred Stevens, les audaces de Rops, les grandes marines de Louis Artan. Suivent le réalisme social et les personnalités de Constantin Meunier et Eugène Laermans.

On débouche alors sur les salles majeures du nouveau musée qui y montre ses plus grands trésors.

A commencer par James Ensor, le phare du parcours, qui bénéficie d’une salle à lui tout seul mais qu’on retrouve aussi ailleurs dans le musée. On évoque aussi l’impressionnisme et le néo-impressionnisme en Belgique. les XX et La Libre Esthétique, les Nabis. C’est une suite de tableaux importants, certes connus, mais qu’on retrouve avec grand plaisir et bien mis en place : avec le Seurat et les trois Gauguin du musée, un magnifique Vuillard, le superbe Bonnard, les Evenepoel, et, au - 7, une salle entièrement dédiée à Khnopff.

L’opéra et la littérature font le lien avec le symbolisme. On compare les Khnopff placés à côté d’un beau Burne-Jones. Et puis il y a la grande salle avec les Spilliaert.

Gillion Crowet

Juste avant la fin, on découvre au -8 la collection Gillion Crowet d’Art nouveau acquise par la région bruxelloise par dation, en échange des droits de succession dûs. Celle-ci bénéficie d’une scénographie toute différente et forte, payée par Roland et Anne-Marie Gillion Crowet et réalisée par Winston Spriet. La scénographie du reste du musée ayant été faite "maison". Le but des Gillion Crowet est de mettre en lumière la beauté des objets et meubles. C’est comme un musée dans le musée. Un ensemble qui surprend parfois quand il est plus lié aux œuvres du musée du Cinquantenaire qu’à celui du musée des Beaux-arts. . Mais il aide à mieux saisir cette époque bouillonnante où les arts fusionnaient.

On y trouve de nombreux objets majeurs (parfois plus français que belges) : vases et guéridon aux libellules de Gallé, tableaux de Khnopff, Mellery, Delville, "La Nature" de Mucha, la "Maleficia" de Philippe Wolfers, lampe et bureau de Majorelle et Daum, etc. Un ensemble qui permet aussi de découvrir ce que peut être une grande collection privée choisie par un seul couple.

A terme, Michel Draguet voudrait, au niveau - 2 de l’ex-musée d’Art moderne, creuser un passage souterrain vers le Mim, qui deviendrait le musée de l’Art nouveau. Celui des instruments de musique déménageant au Vanderborght. Mais c’est encore une tout autre histoire.

Le coût

Le coût du musée sera de 7,5 millions d’euros, les Gillion Crowet ayant donné un peu plus d’un million d’euros, le musée des Beaux-Arts paie deux millions pour la muséographie et le multimédia et la Régie des bâtiments paie un peu plus de 4 millions.

Le nom "Musée Fin-de-Siècle Museum", identique en néerlandais, fut finalement choisi par la firme de communication graphique Base design avec une "base line" : "Every end is a new beginning".

Malgré ses évidentes qualités et les chefs-d’œuvre qui y sont, il ne sera pas évident de transformer ce nouveau musée en succès comparable à celui du musée Magritte. Le XIXe siècle reste parfois mal aimé, la thématique est plus complexe, et le nom est moins porteur qu’un nom aussi connu que Magritte. Ce sera un défi.



Guy Duplat

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