Bucarest célèbre Ianchelevici, enfant du pays

Arts & Expos

ROGER PIERRE TURINE

Publié le

Bucarest célèbre Ianchelevici, enfant du pays
© Museum Ianchelevici

ENVOYÉ SPÉCIAL À BUCAREST

Découvrir Bucarest sous une pluie battante n'est pas a priori un cadeau des dieux ! Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, le voyageur soucieux d'objectivité reconnaîtra pourtant que, surgie du marasme économique dans lequel l'avaient trop longtemps immergée les communistes à la solde de Moscou et, dernier d'entre eux, le conducator Ceaucescu, la capitale roumaine met la main à la pâte avec conviction.

Un travail de titan qui porte ses premiers fruits ici et là. Comment ne pas s'émouvoir devant la qualité de son Festival George Enescu en hommage à un compositeur inspiré de la première moitié du XXe siècle. Le succès recueilli devant des salles combles est à la mesure des prestigieux solistes et orchestres invités.

Comment ne pas non plus se réjouir devant «L'homme à l'anneau» de Van Eyck, la meilleure surprise de l'exposition de Bruges l'an dernier et l'un des joyaux du magnifique Musée national d'art sis dans l'auguste et imposant Palais Royal, un édifice du XIXe siècle reconverti en palais des trésors. Art médiéval roumain, art roumain moderne, art européen s'y étalent à l'aise et les pièces à conviction y sont légion.

Autre lieu de référence installé au début d'une des artères les plus arborées et les mieux nanties de la ville, le Musée du paysan a plus d'un charme à faire valoir, les fameuses peintures votives roumaines sur verre en constituant le nectar à déguster.

Tout cela pour vous dire que, même sous la pluie et nonobstant ses avenues aux trop nombreux buildings en déroute, Bucarest a de quoi surprendre.

En exil

Le but premier du voyage en terre des Carpates relavait toutefois d'un autre type de tourisme. Créé il y a juste vingt ans, le Commissariat aux relations internationales de la Communauté française de Belgique, le CGRI, entendait concrétiser par un nouveau geste culturel fort l'accord-cadre signé en 1998 entre la Roumanie et les deux gouvernements de la Communauté française et de la Région wallonne. Une heureuse sélection d'«Un siècle d'art wallon» ayant, l'an dernier, fait son plein de visiteurs à Bucarest, il fut jugé opportun de remettre le couvert en 2003.

Affaire conclue avec une rétrospective d'Idel Ianchelevici (1909-1994). L'oeuvre offre la particularité d'être celle d'un authentique Roumain qui, natif de Leova, la réalisa... au lendemain de son exil, après 1929 et des études concrétisées à Liège. Outre le Musée national de Roumanie, auquel il légua dessins et sculptures, Ianchelevici est honoré par trois musées personnels, à Maisons-Lafitte (France) où il décéda, à La Louvière, enfin à Goudriaan (Pays-Bas).

Initiée par le CGRI, réceptionnée sur place par la jeune Délégation Wallonie-Bruxelles, une sorte de représentation diplomatique des francophones belges, l'exposition Ianchelevici bénéfice d'une mise en place remarquable, à mettre au crédit de l'énergique directrice du Musée national, Roxana Theodorescu, et de son adjoint, le sympathique Octavian Boicescu. Les salles muséales impressionnent, en effet, par leur monumentalité et il n'était point évident de pouvoir y faire rayonner, comme c'est le cas, les oeuvres de dimensions relativement modestes d'un sculpteur avant tout à l'aise dans les réalisations intimistes.

Les surréalistes ensuite

Le retour au pays, même momentané, de ce travail suscite l'intérêt évident des Roumains. Aussi est-ce en présence du président de la République, Ion Iliescu, et du ministre de la Culture, Razvan Theodorescu, que fut inaugurée la manifestation. Confiants en d'aussi sensibles accords de coopération, la Roumanie et notre Communauté ont dès lors déjà placé la barre plus haut en programmant pour 2004 une exposition consacrée au Surréalisme belge. Belle affiche!

© La Libre Belgique 2003

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