Il est de ces artistes qui mènent leur vie en solo en avançant dans le processus créatif au fil d'un vécu alimenté aux sources multiples du monde. Surtout aux sources humaines. Loin en tout cas des préoccupations carriéristes de participation à la dernière manifestation internationale dans laquelle il faut être absolument.

Le travail déployé aujourd'hui à Bruxelles sur les trois étages de la galerie Aéroplastics, impressionnant, est à voir comme un parcours en continu dans lequel se lit la marche en avant d'un être, artiste de son état, constamment relié aux énergies vitales de la nature, y compris la nature humaine. Et si l'on a pu être désorienté à un moment donné, par les ramifications multiples d'une démarche singulièrement plurielle, voici que se révèle la ligne d'intérêt de l'artiste, le fil de la création : la vie. L'être humain, confronté à son cycle de vie et imbriqué dans un monde qui, malgré la tentative de globalisation des esprits et des comportements, trouve encore des échappées et continue à s'interroger sur son identité, son état, sa corporalité et son devenir.

Tourbillon

Charley Case (Bruxelles, 1969) traite sa thématique comme s'il se débattait dans un tourbillon dans lequel on voudrait l'entraîner de force mais dont il ne cesse de s'échapper. Il appartient au monde mais il est aussi une personne. D'entrée, ses grands dessins réalisés à même le mur et donc éphémères, le destin de l'art correspondant dès lors à celui de la vie, sont emblématiques de ce brassage permanent et de cette incessante agitation, des transhumances humaines et des nomadismes, dans lesquels chacun est pris tout en essayant de se distinguer, de se dépêtrer, de trouver son propre chemin, soit-il un refuge, un moment où il s'agit d'être seul avec soi-même.

Isolement

A cet égard, quelques vidéos d'interventions humaines dans des formes concaves ou quelques photographies, des sculptures aussi comme ces pierres dans lesquelles l'artiste a déposé des coquillages, marquent le besoin et l'expérience de l'isolement. Les petits dessins un peu flous, d'une fluidité échappant à la représentation, échelonnés tout le long de l'escalier, constituent une montée symbolique accompagnée d'une indéfinition précise de l'être pris entre son état, ses origines, son futur. Un chapelet de questionnements sur la corporalité, l'apparition et la disparition.

Le plus saisissant sans doute en cette exposition multidisciplinaire comprenant des notes enlevées telles des séries de dessins, aussi bien que des morceaux de bravoure, telles quelques peintures bien chargées, est le rapport à la naissance. La transmission de la vie, l'arbre qu'il chérit ainsi qu'on l'a vu en la Verrière Hermès, porte un nouveau fruit. Et les oeuvres sont aussi riches que touchantes : une projection animée sur le ventre de la future maman, celle-ci flottant sur les eaux de la mer Morte, ou la superposition avec des Vierges à l'enfant, l'un des thèmes artistiques récurrents associant l'humain et le spirituel. Charley Case consume l'art et la vie avec une même ferveur, avec un sens humain profond et en faisant preuve d'une capacité créatrice qui assimile le monde et l'art contemporain en ses nombreuses et riches diversités.

New York

Invité par la Feigen Contemporary, l'une de ces grandes galeries new-yorkaises, Jérôme Jacobs, directeur d'Aeroplastics et commissaire d'expositions, a proposé un ensemble sous un label biblique : bénis soient les Miséricordieux (Mathieu, 5,7). Rare opportunité pour un Belge de travailler à New York! Une occasion pour lui de fustiger, à travers des oeuvres contemporaines, ce qu'il considère être des «axes essentiels du monde actuel: l'argent, le pouvoir et la religion». Les oeuvres de 24 artistes de tous horizons n'y vont pas à demi-mot. Les images, peintures, photographies, dessins, vidéos... sont percutants, directs, d'un humour souvent incisif, montrant là la torture par des militaires, là l'hégémonie américaine, là, avec Nezaket Ekiri et Shadi Ghadirian, les femmes voilées, ailleurs les atrocités de la guerre... Dès l'ouverture, le public a apprécié cette franchise qui cadre à contre-courant du politiquement correct actuel de l'Oncle Sam. Et deux artistes de Belgique sont de la partie, Charley Case avec ses Vierges à l'enfant et Carlos Aires, récent lauréat du Prix de la Jeune Peinture belge, avec sa série des nains.

Charley Case. Now Won. Aeroplastics Comtemporary, rue Blanche 32, Bruxelles. Jusqu'au 18 mars. Du me au sa de 14 à 18h.

Blessed are the Merciful. Feigen Contemporary, 535 w. 20th street, NY. Jusqu'au 29 avril. www.feigencontemporary.com

© La Libre Belgique 2006