Avec un accouchement réalisé au forceps et annoncée telle un événement phare, la Brussels Biennial, exposition internationale d'art contemporain, est un collage d'expositions autonomes réunies artificiellement sur le thème de la modernité. Un terme auquel sont accolés, selon les approches, tous les aspects, historiques ou esthétiques, politiques ou sociaux, voir même le capitalisme, la mobilité et l'architecture. Les degrés de réussite y sont très variables.

Le manque de cohésion tient pour part d'une thématique trop vaste, imprécise, permettant de tout englober, et en second en l'absence d'une exposition centrale. Enfin d'une indépendance des projets développés qui vont du conceptuel radical à l'analyse post-coloniale. Basée d'une part sur l'axe de mobilité bruxelloise Nord-Sud que l'on prendra comme une métaphore d'ailleurs largement exploitée, la manifestation est étalée dans le temps et dispersée en quatre lieux. Elle est aussi éclatée car les commissaires invités, responsables d'institutions, ont travaillé en solo. Cette dispersion sera aussi attribuée, d'un côté à l'époque actuelle qui ne sait plus où donner de la tête, de l'autre à l'abolition de toutes les frontières en matière artistique et esthétique.

Le Tri Postal

Installée dans l'ancien Tri Postal de la gare du Midi, à lui seul incroyable bâtiment emblématique d'une certaine modernité, le principal de l'exposition se présente sur trois niveaux. La première accroche est à ne pas manquer. Les films, projetés en quinconce, d'Els Opsomer, placent en parallèle un magnifique panorama de Bruxelles et un point de mire sur l'opéra d'Istanbul : deux considérations sur l'expression d'une certaine modernité en architecture.

L'abord de l'étage supérieur jettera un froid. Un ensemble de cimaises blanches sans œuvres. Le concept dans sa radicalité jusqu'à l'absence. Un acte qui n'a aucune résonance hors du minuscule cénacle des 'initiés' de l'art contemporain qui frustre la très grande partie des visiteurs et soulève la question du respect, par les commissaires, des visiteurs dans une manifestation visant le grand public ! L'appel à la mémoire d'une exposition non vue à Venise est absurde en ce contexte. Ce n'est pas le document distribué qui relèvera le défi.

La déferlante

Dans la section supérieure, ce ne sont pas tant les individualités artistiques qui sont repérées que les misères actuelles du monde hors de la sphère de plus en plus fermée des pays riches, ouvertement démocratiques et stables dont nous faisons évidemment partie. C'est aussi la plus puissante, la plus dure, la plus en prise avec les réalités dramatiques, voire tragiques, des rouages politiques et idéologiques actuels. Les interventions, souvent photographiques, ou réalisées à l'aide de documents, films, objets récoltés et rassemblés, se comportent comme des témoignages, les uns sur le vif, les autres patiemment établis, qui adoubent si besoin en est, la déferlante médiatique quotidienne sur les conflits armés, les enfants soldats, la pauvreté, les maladies décimantes, la faim, les visages des violences. En points d'appositions quelques résistances et positions critiques.

S'il est un constat, à travers ces accumulations d'images, c'est que la fin proclamée des idéologies en a engendré d'autres plus aguerries à satisfaire une soif de pouvoir au mépris de tout humanisme.

On distinguera, la lettre à Léopold (Extra City, Anvers), The World Around You ((L'appartement 22, Rabat), Chobi Mela (Drik, Bangladesh) et le solo de Mounir Fatmi (B.P.S.22, Charleroi).

Brussels Biennial 1. 7 expositions et quelques Inserts d'artistes. Tri Postal, 48 av. Fonsny, Bruxelles. Jusqu'au 4 janvier. Du ma au di de 10 à 18h. Je. jusqu'à 21h. Cat., 334 p., ill. coul., textes en anglais. € 29,5.