Des artistes, nos journalistes... partagent une sidération artistique, une épiphanie culturelle, une révélation qui les a marqués, touchés au coeur.


Voici la contribution de Johan Muyle, sculpteur, responsable de l’atelier sculpture à La Cambre. Il porte un regard critique et poétique sur la condition humaine. Il aura une grande exposition au Mac’s au Grand Hornu à partir du 22 novembre.

Huitième jour.

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Quand les jours meilleurs se font attendre.

Revoir Mort à Venise a installé en moi une forme de langueur - Les questions demeurent des questions - La vie, l’amour, l’art, la mort - Je n’ai que d’autres questions à offrir en réponse aux questions que tu me poses.

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Cela fait maintenant 8 jours que les hostilités qui s’annonçaient depuis des semaines ont pris une forme concrète - Les ‘HURLEVENTS’ où nous sommes confinés semblent nous protéger ; la maison (quoique de dimension modeste) est confortable, ses parois sont épaisses, les ouvertures sont petites comme des meurtrières, les réserves de bois et de nourriture sont suffisantes pour tenir un siège.

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Nous entendons les éclats sourds au lointain, nous sommes soucieux d’être tenus informés - nous avons des échos des villes - ils ne sont pas positifs, la situation semble vouloir s’éterniser.

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Les nouvelles de T. ne sont pas bonnes - En première ligne, il a été atteint lors du premier assaut - Sa situation s’est dégradée avec une perte d’oxygène importante dans le sang ; malgré l’intubation et le coma artificiel, la toux persiste ; on a dû passer à un coma plus profond ; minimum 5 jours, si l’on veut espérer une évolution favorable.

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Mon ami P. dans son dernier e-mail m’écrivait ceci : "…depuis qu’ils ont disparu de notre champ de vision, nous n’avons jamais autant cherché les autres…"

Lointaines accolades et souvenirs d’embrassades, il faut garder la distance.

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Hormis la menace qui plane, invisible et aveugle, sans cesse nommée, abstraite, car (fort heureusement) hors de notre propre corps, les moments sont d’une pure beauté ; le printemps s’avance, la lumière se fait plus forte, plus chaude, réconfortante.

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Nous nous sommes risqués, hier, sur la colline d’en face au-delà de la rivière, nous avons traversé quelques hameaux, aperçu quelques habitants avec lesquels nous avons échangé quelques bonjours polis, prudents et furtifs à distance ; l’homme est devenu une menace pour l’homme sans qu’il lui soit nécessaire de tendre les poings ; il suffit d’un baiser, d’une poignée de main, d’un souffle.

Knock, Knock, Knockin’But There Is No Heaven’s Door !