Sur dix-sept personnes qui y bossent, quatorze sont des femmes, se félicite Catherine de Braekeleer, à la direction du navire depuis le départ à la retraite du premier timonier, André Balthasar. Cette particularité ne valait-elle pas de sacrer le jubilé par un accrochage circonstancié ? Le résultat : une exposition toute de féminité et un catalogue auquel auront participé toutes les dames de l'institution. Bon anniversaire ! L'exposition est à la mesure de l'événement : pas démesurée mais excellemment achalandée, diversifiée, représentative de ces sanglots longs des violons de l'âme qui sont, peu ou prou, une marque de la gent féminine. Des sanglots qui peuvent être des cris ! Un hommage non voilé à des femmes artistes de belle essence. Dotées d'un regard très particulier, sinon complexe, celles-ci se manifestent par des œuvres qui méritent d'être vues bien au-delà de leur imagerie plus ou moins explosive. Le titre même de l'expo n'est pas innocent. Repris d'un film d'Ingmar Bergman, il en réfère à cette fin des sixties en proie à une féminité revendicatrice. C'est l'un des pans de l'accrochage. Lequel n'exclut point une approche actuelle plus sensible. Identité de la femme à travers l'exploration du corps, intimité et autoportraits de la femme à travers ses âges, imaginaire et narration féminins... Trois points d'ancrage pour un parcours subtil sur trois niveaux.

Louise Bourgeois, Kiki Smith

Une fois n'est pas coutume, l'œuvre imprimée n'est pas seule aux cimaises, la majorité des artistes conviées ayant néanmoins peu ou prou tâté de l'œuvre multiple. Pour bien montrer quel fer l'expo croise par ailleurs, une installation sculpturale en acier corten y personnifie un accueil sans faiblesse. Signée Chantal Hardy, titrée "StElles", elle rassemble 15 sculptures mégalithes, symboles de solidarité et d'efficacité dans un monde trop dirigé par la voix des hommes. Cri et détermination.

L'espace du rez-de-chaussée dévolu à Kiki Smith est à sa dimension, varié et flambant. Pulsions de vie et de mort, authentifié par un "Autoportrait" photographique de 1996, reproduit sur l'affiche. Ardeur et combat.

Les pièces de verre coloré de Laurence Dervaux, parts métaphoriques de particules corporelles, ne passent pas inaperçues évidemment. Origine du monde avec Ana Mendieta, discours et violence avec Nancy Spero, complexité de l'âme et voilà Isabelle Happart.

Au premier, Bénédicte Henderick et ses quinze dessins sur l'innocence perdue, les carnets d'Anne De Gelas et les broderies, cris et griffures, de Sylvie Canonne, mais aussi les grands dessins tendus de Françoise Petrovitch entourent une Louise Bourgeois qui aura souffert, sa vie durant, son enfance trahie.

L'imaginaire est, au second, le chef de Sylvie Eyberg, de Carole Benzaken. Imaginaire et réflexion quand Annick Blavier y va de fragments de corps, fragments d'images, fragments de vie. A leurs côtés, des livres d'artistes de Messager, Calle, Bourgeois, Caro. Et Françoise Petrovich d'énoncer ce cri du cœur : "Ah, les hommes !" Signalons aussi les photos d'un centre vivant, volées par le seul homme "accroché", à l'écart il est vrai, Vincenzo Chiavetta. Il est vrai aussi que 23 femmes pour un seul homme...

Centre de la Gravure, 10, rue des Amours, la Louvière. Jusqu'au 4 janvier, du mardi au dimanche de 11 à 18h. Gratuit le premier dimanche du mois. Catalogue. Infos : 064.27.87.27 et www.centredelagravure.be