Arts et Expos Portrait

Commissaire de la brillante exposition autour du "Fleuve Congo" et des correspondances de l’art bantou, au quai Branly, François Neyt est un bénédictin de Clerlande, empli de responsabilités monacales. Ce qui ne l’aura pas empêché de donner du corps et une âme à sa passion pour une Afrique où il est né en 1939 "J’ai commencé mes études à l’ex-Jadotville, mes parents travaillant aux minoteries du Katanga. Scout, j’y ai vu les rivières et les forêts, immenses, magiques." A la question : "Et l’art ?", la réponse vient en cheminant : "Enfant, je lisais l’histoire de l’art gréco-romain, émoustillé par un grand-père qui ciselait le bronze. Mais ça s’arrêtait là !"

Rentré en Europe en 1957, une rhétorique au collège Saint-Michel, des candis à Saint-Louis et une licence en philologie classique à Leuven, des navettes entre l’université et Bruxelles, rien ne le prédestinait à une vie d’expert en arts africains, sinon, qui sait, un cours en histoire de l’art avec le professeur De Ruyt. La vocation le guetta et il entrait au séminaire à Saint-André-lez-Bruges. Là, on lui trouva, naturellement, un avenir de professeur de rhéto en latin-grec. Ce qui ne l’intéressait pas ! Un mémoire bouclé autour des textes monastiques des moines de Gaza au Ve siècle et la publication de cinq volumes en grec sur les sources chrétiennes furent toutefois suivis d’une mission en Afrique : un retour aux sources pour le Blanc nourri aux mamelles noires. "J’y partais en qualité de moine bénédictin et on me proposa de donner des cours de grammaire comparée à l’Université officielle du Congo doublés d’un cours d’art africain. N’y connaissant rien, je suis allé voir Maessen au musée de Tervuren, je me suis pointé au musée de l’Homme, à Paris, et je suis parti en tremblant. Sur place, je me suis rendu compte que les étudiants connaissaient juste l’art de leur groupe ethnique, sans plus. Or, nous en étions à la zaïrisation voulue par Mobutu et le secteur des arts était en expansion. Des collaborations se sont nouées avec les musées nationaux dirigés par le frère Cornet. Des études morphologiques et stylistiques et des récoltes d’objets suivirent, sur le terrain. Cornet officia à Kinshasa, et moi à Lubumbashi."

La recherche consistait à recueillir des renseignements auprès des "anciens" et à poursuivre par des études comparatives des objets. "Cela me permit de comprendre les archétypes, de distinguer pièces anciennes ou récentes. Un discernement esthétique d’autant plus important que les colons collectionnaient tout et n’importe quoi. Et c’est au moment où je commençais à évaluer les différences, que je dus rentrer en Belgique. On m’y appelait comme maître des novices avant de devenir supérieur à Clerlande pendant douze ans ! C’est alors que s’ouvrit à moi la chaire des arts africains à Louvain-la-Neuve. Dans la foulée, j’ai découvert les grandes statues d’ancêtres Hemba auprès des collectionneurs Vanderstraeten, Dartevelle, de Grunne, Deletaille. Reparti sur le terrain, à Kongolo, j’ai montré leurs clichés dans la cité, obtenu de précieuses infos. Avec Louis de Strycker, nous avons sillonné le pays, recoupé des indices sur le pourquoi et le comment des statues et des masques. Mais, j’ai ramé pour éditer mon ouvrage, qu’on jugeait trop érudit Puis, ça a continué !" Après les premiers essais, François Neyt a récemment publié des livres déterminants au Fonds Mercator. "Je suis un passeur. Mon rôle : donner à voir que l’esthétique des grands objets révèle l’âme de peuples créateurs des formes uniques au monde." Modestie quand tu le tiens ! L’homme est pondéré, chaleureux, rayonnant. On le sent pénétré par son sujet, en partage d’émotions vraies.