Jusqu’à fin août, l’immense salle des pas perdus du palais de justice de Bruxelles devient un poétique champ de fleurs. Le designer Charles Kaisin a imaginé de tendre à mi-hauteur un maillage de fils rouges et d’y pendre 10 000 origamis de papier, en forme de fleurs d’iris et réalisés à partir de feuilles d’anciens codes civil et pénal. Chaque fleur est faite au départ d’un carré découpé dans une page du code.

Les origamis sont suspendus à des fils rouges de longueurs variables, formant une sorte de coupole inversée, un relief, un paysage qui vibre avec le vent.

L’impression est superbe, comme un vol de papillons, comme un champ de fleurs au lever du soleil, Les origamis ne cachent pas la vue du reste de la salle et de la coupole majestueuse.

Cette installation pour deux mois est le fruit d’une commande des deux bâtonniers des barreaux de Bruxelles (francophone et néerlandophone) à l’occasion des festivités du bicentenaire du barreau de Bruxelles qui commenceront mercredi. Charles Kaisin a multiplié les allusions à la justice puisque ces origamis ont été assemblés par 15 détenus de la prison de St-Gilles qui y ont travaillé pendant deux mois. Pour ce travail, ils ont été directement rémunérés par les barreaux selon les tarifs légaux. "Cela fait huit ans que je travaille régulièrement avec des détenus tous volontaires, qui souhaitent sortir ainsi de la routine de la prison. Les origamis rappellent aussi que j’ai été au Japon en 2000-2001, pendant un an, étudier les matières et les plissages. C’est d’ailleurs de là que j’ai ramené mes bancs plissés", nous dit-il. Les fleurs d’iris sont bien entendu, un rappel de l’emblème de la Région bruxelloise.

"Ce champ d’origamis est un pneuma, une respiration, et les fils rouges rappellent, avec les pages en noir et blanc des codes, les trois couleurs du logo du bicentenaire du barreau. C’est aussi l’idée du fil rouge d’Ariane, qui indique que la justice peut aussi aller jusqu’au bout du dédale." Pour installer ce champ de fleurs, tout le bureau de Kaisin -12 personnes - a travaillé durant cinq jours.

Charles Kaisin, au départ, est architecte de Saint-Luc et s’est formé ensuite chez les meilleurs : Jean Nouvel en architecture, Tony Cragg, à Wupperlal, en sculpture, Ron Arad à Londres et l’université de Kyoto pour le design. Il étudie spécialement le recyclage des matériaux et l’extension de leur usage. Un de ses premiers succès est basé sur "La Libre Belgique". Il a en effet, compacté et assemblé en structures alvéolées des centaines de journaux pour en faire un banc, le "K-Bench" qui fut ensuite commercialisé et est un de ses plus grands succès. Pour Marcolini, il a créé le chocolat qui fêta les 30 ans du centre Beaubourg. En 2009, le Grand Hornu consacra une expo à son travail.