Du bois pour peindre

Arts & Expos

Claude Lorent

Publié le

Comme toutes les techniques, la gravure sur bois a ses lettres de noblesse. Elles sont signées par les Hokusai, Munch ou Ernst, pour ne citer que les références incontestables. L'erreur à ne pas commettre est de penser qu'à la suite de ces exemples prestigieux, une technique comme celle-là, particulière et en un sens assez rigide, aurait tout dit. C'est compter sans l'obstination des graveurs, tous fins techniciens de leur pratique préférée et infatigables chercheurs de procédés inédits afin d'obtenir les résultats escomptés.

L'exposition en est une parfaite démonstration en quatre volets à travers lesquels chaque personnalité parvient à se distinguer. Mais le plus frappant peut-être, et ce qui les relie, est l'impression ressentie que l'on a affaire à des peintres qui s'accordent le détour d'un savoir-faire particulier, tant on n'est point dans le graphisme mais dans le traitement d'un espace géré avant tout par la couleur et les formes et ne recourant que très partiellement aux caractéristiques les plus évidentes de la gravure sur bois.

Ainsi, par exemple, des oeuvres de Luc Etienne, artiste de Binche dont l'option plastique est rigoureusement un minimalisme géométrique. Travaillant en aplat, il épargne le papier autant qu'il le couvre en construisant ses compositions jouant essentiellement de ton sur ton, avec la participation d'un élément structurel noir. C'est net, équilibré mais tout aussi sensible sans le recours des marques du bois, alors que dans un registre semblable, en d'autres oeuvres de la série Time Square, il fait appel discrètement à ce type de vibration.

On retrouve cette même rigueur chez l'Allemand Peter Lang qui y joint de très subtils accords chromatiques et parvient ainsi à prêter aux matières des luminosités délicates ou des matités calmes et reposantes avec l'imposition de rythmes. Plus rarement, l'oeuvre se nourrit d'évasions en sfumato.

Chez la Hollandaise Marijke Verhoef, c'est la conjonction des éléments divers qui constitue un monde à part grâce à un jeu de rapports ainsi qu'à des superpositions et transparences. Des formes souples et quasi organiques s'opposent à des figures géométriques, le tout traversé par des coulures on ne peut plus picturales. Quant à Hans Wap, un autre Hollandais, il utilise ostensiblement les ressources du procédé: on y voit et sent le travail de la gouge pour créer un univers qui enferme l'homme dans un réseau complexe. Mais il peut tout aussi bien pratiquer l'aplat de couleur avec les mêmes intentions!

Une exposition sobre, de belle tenue, riche et qui ferait sauter les a priori techniques pour autant qu'ils existent.

© La Libre Belgique 2006

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